Cession de bail commercial : procédure complète 2026 | Actav

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Cession de bail commercial : procédure et formalités

Cession de bail commercial — clés d'un local commercial posées sur un contrat de bail signé avec un stylo
Céder un bail commercial : une procédure encadrée par le Code de commerce

La cession de bail commercial est une opération juridique par laquelle un locataire transmet à un tiers le bénéfice de son contrat de location. Elle peut intervenir dans le cadre d'une vente de fonds de commerce ou de façon isolée, lorsque le locataire souhaite déménager tout en valorisant son emplacement. La cession bail commercial procédure est encadrée par le Code de commerce, notamment les articles L.145-16 et suivants, et le Code civil. Avant de céder bail commercial, il est indispensable de vérifier les clauses du contrat, d'obtenir les éventuels accords requis et de respecter une série de formalités dont le non-respect expose à des sanctions lourdes.

1. Qu'est-ce qu'une cession de bail commercial ?

La cession de bail commercial est le contrat par lequel le locataire en place, appelé cédant, transmet à un nouveau locataire, appelé cessionnaire, l'ensemble de ses droits et obligations découlant du bail. Le bail initial subsiste sans modification : seul le titulaire change. Le cessionnaire reprend le contrat pour la durée restant à courir, aux mêmes conditions de loyer et aux mêmes charges que celles convenues avec le bailleur.

Il convient de distinguer deux hypothèses principales :

📦 Cession du bail dans le cadre de la vente du fonds de commerce

Le droit au bail fait partie intégrante des éléments incorporels du fonds de commerce. Lorsque le locataire vend son fonds, le bail est cédé au cessionnaire de façon concomitante. C'est le cas le plus fréquent. Le bailleur ne peut pas interdire cette cession par une clause du bail (art. L.145-16 al. 1 du Code de commerce).

🔑 Cession isolée du seul droit au bail (hors fonds de commerce)

Le locataire cède uniquement son droit d'occuper les lieux, sans vendre le fonds de commerce. On parle de cession de « pas de porte ». Cette opération est possible uniquement si le bail l'autorise expressément. En pratique, la plupart des baux commerciaux contiennent une clause interdisant cette opération, car elle prive le bailleur du pas-de-porte qu'il aurait perçu lors d'une nouvelle entrée dans les lieux.

Le droit au bail constitue un actif patrimonial dont la valeur est indépendante du chiffre d'affaires généré. Elle se mesure au potentiel commercial de l'emplacement, au niveau du loyer, à la durée restant à courir et aux conditions du contrat. La cession peut être réalisée à titre onéreux — le cessionnaire verse une indemnité librement fixée au cédant — ou à titre gratuit. Le prix est dû au cédant, et non au bailleur, qui continue de percevoir le loyer et le dépôt de garantie.

2. Conditions de validité

Pour qu'une cession de bail commercial soit valide et opposable à toutes les parties, plusieurs conditions doivent être réunies.

Conditions tenant à l'activité exercée

L'activité que le cessionnaire entend exercer dans les locaux doit être compatible avec la destination du bail. Si le bail est consenti pour une activité déterminée, le cessionnaire qui souhaite exercer une activité différente doit demander une déspécialisation du bail, soumise à l'accord du bailleur. Un bail « tous commerces » facilite considérablement la cession et en élargit le marché.

Conditions tenant à la situation du local

Certaines communes instituent un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel elles disposent d'un droit de préemption commercial. Ce droit vise toutes les cessions, qu'elles portent sur le seul droit au bail ou sur le fonds dans son intégralité. Avant de procéder à la cession, le cédant doit vérifier auprès de la mairie si son local est situé dans une telle zone et, le cas échéant, déposer une déclaration d'intention d'aliéner (formulaire Cerfa n°13644*02). La commune dispose alors d'un délai de deux mois pour exercer ou non son droit de préemption.

Conditions tenant aux créanciers inscrits

Le cédant doit également informer les créanciers ayant inscrit une garantie sur le fonds de commerce (privilège du vendeur, nantissement). Ces créanciers peuvent s'opposer à la cession s'ils estiment que leur garantie devient insuffisante une fois le bail transmis à un tiers.

Condition de forme : l'écrit obligatoire

L'acte de cession doit impérativement être établi par écrit. Il peut prendre la forme d'un acte sous seing privé contresigné par avocat — ce qui lui confère une valeur probante renforcée au titre de l'article 1374 du Code civil — ou d'un acte notarié, qui offre une force exécutoire directe. Il peut également constituer un avenant au bail commercial existant si le bailleur intervient à l'acte.

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Sanction du non-respect : une cession réalisée sans respecter les conditions posées par le bail est inopposable au bailleur. Ce dernier peut refuser de reconnaître le cessionnaire, demander son expulsion et exiger la résiliation du bail. Une cession irrégulière constitue par ailleurs un motif grave permettant au bailleur de refuser le renouvellement sans indemnité d'éviction.

3. Accord du bailleur

La nécessité d'obtenir l'accord du bailleur est l'un des points les plus sensibles de la cession d'un bail commercial. La réponse dépend du contenu du contrat et de la nature de la cession.

Principe : la liberté de céder avec le fonds de commerce

L'article L.145-16 du Code de commerce pose un principe d'ordre public : le bailleur ne peut pas interdire la cession du bail à l'acquéreur du fonds de commerce. Toute clause contraire est réputée non écrite. Cette règle protège la liberté du locataire de céder son activité et garantit au cessionnaire la jouissance du local commercial, élément indispensable au fonds.

Exception : la cession isolée du seul droit au bail

En dehors de la vente du fonds de commerce, la cession du seul droit au bail est soumise aux restrictions prévues par le bail. En l'absence de clause autorisant cette opération, le bailleur peut s'y opposer. L'article 1717 du Code civil dispose en effet que le locataire peut céder son bail « si cette faculté ne lui a pas été interdite ». La liberté de cession isolée est donc supplétive : elle s'applique sauf clause contraire.

Exception légale : le locataire qui part à la retraite ou est admis à une pension d'invalidité, et qui est associé unique d'une EURL ou gérant majoritaire depuis au moins deux ans de la SARL titulaire du bail, peut céder son seul droit au bail à condition que la nouvelle activité soit compatible avec la destination des locaux.

Le refus du bailleur doit être motivé

Lorsque le bail soumet la cession à l'agrément du bailleur, ce dernier ne peut pas refuser arbitrairement. La Cour de cassation juge de façon constante que le refus doit être justifié par un motif légitime : insuffisance de solvabilité du cessionnaire, incompatibilité de l'activité envisagée, non-respect des conditions formelles prévues au bail (Cass. civ. 3e, 15 juin 2011, n° 10-16.233). Face à un refus abusif, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une autorisation judiciaire de céder.

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Bonne pratique : impliquer le bailleur le plus tôt possible dans le processus. Un bailleur informé et rassuré sur la qualité du repreneur (solvabilité, expérience, solidité financière) est plus enclin à donner son accord rapidement. Un acte de consentement du bailleur, signé dans l'acte de cession ou par acte distinct, formalise l'accord et évite toute contestation ultérieure.

4. Clause de cession dans le bail

Les clauses de cession bail sont au cœur de toute opération de transmission. Avant d'engager la procédure, il est indispensable d'analyser minutieusement le contrat de bail commercial pour identifier les stipulations qui encadrent ou limitent la cession.

🚫 Clause d'interdiction de cession isolée

Le bail peut interdire toute cession portant uniquement sur le droit au bail, en dehors de la vente du fonds de commerce. Cette clause est parfaitement licite. Elle ne peut en revanche pas interdire la cession accompagnant la vente du fonds.

✅ Clause d'agrément

La clause d'agrément est la plus fréquente. Elle oblige le locataire à obtenir l'accord préalable et écrit du bailleur avant toute cession. Le bailleur peut accepter ou refuser le candidat cessionnaire, mais ne peut le faire sans motif légitime. Elle permet au propriétaire de s'assurer de la solvabilité et de la fiabilité du repreneur.

👁️ Clause d'intervention (ou de notification)

Moins contraignante que la clause d'agrément, cette clause prévoit uniquement que le bailleur sera convoqué à la signature de l'acte de cession, ou informé du projet. Elle n'implique pas un droit de veto mais un simple droit à l'information.

⚖️ Clause de préemption en faveur du bailleur

Cette clause accorde au bailleur le droit d'acquérir le bail ou le fonds de commerce en priorité, aux conditions proposées au candidat cessionnaire. Le locataire doit notifier au bailleur les conditions de la cession envisagée ; le bailleur dispose alors d'un délai pour se substituer au cessionnaire.

🔗 Clause de garantie solidaire

Après la cession, le cédant peut rester solidairement tenu du paiement des loyers et des charges avec le cessionnaire, pendant une durée pouvant aller jusqu'à trois ans suivant la date de cession (art. L.145-16-2 du Code de commerce). Cette clause doit être expressément prévue par le bail. Le bailleur ne peut mettre en jeu cette garantie qu'à la condition d'en informer le cédant dans un délai d'un mois suivant le défaut de paiement du cessionnaire.

📌 Clause limitant le cessionnaire à un successeur dans le commerce

Certains baux prévoient que la cession ne peut être consentie qu'à un professionnel exerçant la même activité que le cédant. Cette clause restreint le marché des repreneurs potentiels et peut affecter la valeur du droit au bail. Si le cessionnaire entend exercer une activité différente, une demande de déspécialisation s'impose.

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Les clauses restrictives sont licites tant qu'elles n'interdisent pas de manière absolue et générale toute cession à l'acquéreur du fonds (art. L.145-16 C. com.). Elles doivent être analysées avec soin avant tout engagement avec un candidat à l'acquisition.

5. Formalités et enregistrement

La cession bail commercial procédure implique de respecter un enchaînement d'étapes successives. Le non-respect de l'une d'elles peut rendre la cession inopposable au bailleur et aux tiers, voire entraîner sa résiliation.

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Vérifier les clauses du bail et la situation du local

Analyser l'intégralité du contrat de bail pour identifier les clauses de cession bail applicables : interdiction, agrément, préemption, garantie solidaire. Vérifier auprès de la mairie si le local est situé dans un périmètre de sauvegarde du commerce. Identifier les créanciers inscrits sur le fonds de commerce.

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Déposer la déclaration d'intention d'aliéner si applicable

Si le local est situé dans un périmètre de sauvegarde du commerce, déposer le formulaire Cerfa n°13644*02 auprès du maire, accompagné du bail commercial. La commune dispose de deux mois pour notifier sa décision : renonciation, acquisition au prix du cédant, ou offre au prix fixé par le juge.

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Notifier le projet au bailleur et obtenir son accord

Si le bail contient une clause d'agrément, notifier formellement le projet de cession au bailleur en lui communiquant l'identité du candidat cessionnaire. L'accord doit être donné par écrit : soit par acte authentique, soit par acte sous seing privé. Consulter également la procédure d'information des salariés si la cession porte sur le fonds de commerce.

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Rédiger et signer l'acte de cession

L'acte est établi par écrit : acte sous seing privé contresigné par avocat (art. 1374 C. civ.) ou acte notarié. Il doit mentionner l'identité complète des parties, la désignation précise du bail cédé, le prix de cession et les modalités de paiement, les conditions suspensives le cas échéant, et les obligations de garantie du cédant.

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Établir l'état des lieux contradictoire

Depuis la loi PINEL du 18 juin 2014 (loi n° 2014-626), un état des lieux d'entrée doit obligatoirement être dressé lors de la prise de possession des locaux par le cessionnaire. À défaut, le bailleur ne peut se prévaloir de la présomption légale selon laquelle le locataire a reçu les lieux en bon état.

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Signifier la cession au bailleur et aux créanciers

La cession doit être notifiée au bailleur par acte de commissaire de justice, sauf si ce dernier est déjà intervenu à l'acte ou a approuvé la cession par acte notarié. L'acte doit mentionner l'identité du cessionnaire et la date de prise d'effet. La cession doit également être notifiée aux créanciers inscrits. Sans cette formalité, la cession est inopposable.

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Enregistrer l'acte auprès du service des impôts

L'acte de cession doit être enregistré au service des impôts des entreprises (SIE) du lieu de situation du local commercial, dans un délai d'un mois suivant la signature. Si l'acte est notarié, le notaire se charge de cette formalité. Le défaut d'enregistrement dans les délais expose le cessionnaire à des pénalités fiscales.

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Pour une vision complète des démarches liées à la transmission d'une activité commerciale, consultez notre guide sur les étapes de la cession de fonds de commerce.

6. Coûts

Le coût global d'une opération de cession bail commercial comprend les droits d'enregistrement fiscaux, les honoraires des professionnels mandatés et les frais de commissaire de justice pour la signification.

Droits d'enregistrement (à la charge du cessionnaire)

En vertu de l'article 725 du Code général des impôts, toute cession de droit à un bail portant sur un immeuble est soumise à des droits d'enregistrement calculés selon le barème progressif de l'article 719 du CGI, identique à celui applicable aux cessions de fonds de commerce :

Tranche du prix de cession Taux applicable
Jusqu'à 23 000 € 0 %
De 23 001 € à 200 000 € 3 %
Au-delà de 200 000 € 5 %

Des taxes additionnelles départementales et communales s'ajoutent à ce barème. Le montant minimum des droits perçus est de 25 €. Les droits sont calculés sur le prix de cession tel que stipulé dans l'acte, ou sur la valeur vénale réelle du droit cédé si elle est supérieure au prix convenu (art. 725 CGI). Lorsque le droit au bail est cédé conjointement avec le fonds de commerce, il est inclus dans la base de calcul des droits de mutation du fonds et ne fait pas l'objet d'une taxation distincte.

Honoraires des professionnels

Les honoraires d'un avocat spécialisé en droit commercial pour la rédaction de l'acte de cession sont librement négociés. Ils varient selon la complexité du dossier, la valeur du droit au bail et les difficultés spécifiques (clauses restrictives, négociation avec le bailleur, déspécialisation). Pour un acte notarié, les honoraires sont également libres pour ce type d'opération.

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À ne pas confondre : le prix du droit au bail (versé par le cessionnaire au cédant) n'est pas un pas-de-porte (versé au bailleur lors de la conclusion d'un nouveau bail). Le pas-de-porte n'a pas lieu d'être en cas de cession, puisque le bail existant est simplement transmis.

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7. FAQ — Cession de bail commercial : vos questions fréquentes

Retrouvez ci-dessous les réponses aux questions les plus fréquentes sur la cession bail commercial procédure.

Le bailleur peut-il interdire la cession de bail commercial ?

Le bailleur ne peut pas interdire la cession du bail lorsqu'elle accompagne la vente du fonds de commerce : l'article L.145-16 du Code de commerce rend nulle toute clause contraire. En revanche, il peut parfaitement interdire la cession du seul droit au bail par une clause expresse du contrat.

Faut-il obligatoirement l'accord du bailleur pour céder un bail commercial ?

Cela dépend des clauses du bail. En l'absence de clause d'agrément, la cession est libre avec simple notification. Avec une clause d'agrément, l'accord préalable et écrit du bailleur est requis. Le bailleur ne peut refuser sans motif légitime. En cas de refus abusif, le locataire peut obtenir une autorisation judiciaire de céder.

Quel est le délai pour enregistrer un acte de cession de bail commercial ?

L'acte doit être enregistré au service des impôts des entreprises (SIE) dans un délai d'un mois suivant sa signature. Le défaut d'enregistrement dans les délais expose le cessionnaire à des pénalités fiscales.

Quels sont les droits d'enregistrement pour une cession de bail commercial ?

Les droits suivent le barème progressif de l'article 719 du CGI : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % entre 23 001 € et 200 000 €, 5 % au-delà de 200 000 €. Des taxes additionnelles départementales et communales s'ajoutent. Ces droits sont à la charge du cessionnaire.

Que se passe-t-il si la cession de bail n'est pas notifiée au bailleur ?

La cession non signifiée est inopposable au bailleur : il peut refuser de reconnaître le cessionnaire comme locataire et le traiter en occupant sans droit ni titre. L'ancien locataire reste tenu des obligations du bail. Le bailleur peut demander la résiliation du bail ou en refuser le renouvellement sans indemnité d'éviction.

La cession de bail est-elle possible en dehors d'une vente de fonds de commerce ?

Oui, mais uniquement si le bail l'autorise expressément. Des exceptions légales existent pour le locataire partant à la retraite ou admis à une pension d'invalidité (gérant majoritaire depuis au moins 2 ans, compatibilité de la nouvelle activité). Pour tout autre cas, l'analyse préalable des clauses de cession bail est indispensable avant d'engager la procédure.

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