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Licenciement pour faute grave : le guide complet 2026, par avocat
Mis à jour le 8 août 2026
Réponse rapide
Le licenciement pour faute grave est la rupture immédiate du contrat de travail, sans préavis et sans indemnité de licenciement, lorsque la gravité des faits rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise. Deux droits sont pourtant conservés : l'indemnité compensatrice de congés payés reste due, et le salarié qui remplit les conditions perçoit l'allocation d'aide au retour à l'emploi. France Travail l'écrit noir sur blanc : « Tous les salariés licenciés, même pour des fautes graves ou lourdes ont le droit de percevoir l'assurance chômage. » Côté délais, l'employeur a deux mois à compter du jour où il connaît les faits pour engager la procédure disciplinaire, et le salarié douze mois à compter de la notification pour la contester devant le conseil de prud'hommes.
Aucune liste officielle ne dit ce qu'est une faute grave. Le Code du travail n'énumère pas les comportements qui la constituent : il se contente d'en tirer les conséquences, qui sont sévères. Le contrat s'arrête le jour même, sans préavis et sans indemnité de licenciement. C'est ce qui rend le licenciement pour faute grave à la fois redouté par les salariés et risqué pour les employeurs, car la qualification se discute et le juge tranche.
Ce guide suit l'ordre des questions réelles : ce que recouvre la notion, ce qui la sépare de la faute simple et de la faute lourde, les motifs le plus souvent invoqués, la procédure et ses délais, le contenu de la lettre, les sommes qui restent dues, le droit au chômage, la valeur des témoignages, la contestation et enfin le retour à l'emploi. Chaque règle citée renvoie au texte en vigueur sur Légifrance ou à la fiche officielle de l'administration.
Licenciement pour faute grave : quelle définition retient le droit du travail ?
La faute grave se reconnaît à un effet, pas à une liste. La fiche officielle « Licenciement pour faute simple, grave ou lourde » la caractérise par deux éléments cumulatifs : un « Non-respect des obligations du salarié à l'égard de l'employeur », puis la « Gravité de la faute et impossibilité du maintien du salarié dans l'entreprise, même pour la durée du préavis ». Autrement dit, ce n'est pas la nature du comportement qui décide, c'est l'impossibilité de garder la personne ne serait-ce que le temps du préavis.
Cette formulation vient de la fiche officielle, pas du Code du travail. Les textes du code se bornent à attacher deux conséquences à la qualification, et ce sont elles qui font toute la différence financière.
- Pas de préavis. L'article L. 1234-1 du Code du travail ouvre le droit au préavis par une condition négative : « Lorsque le licenciement n'est pas motivé par une faute grave, le salarié a droit [...] ». La faute grave écarte donc l'ensemble du dispositif, y compris le préavis d'un mois entre six mois et deux ans d'ancienneté et celui de deux mois au-delà.
- Pas d'indemnité de licenciement. L'article L. 1234-9 du Code du travail, en vigueur depuis le 24 septembre 2017, dispose que le salarié en contrat à durée indéterminée « licencié alors qu'il compte 8 mois d'ancienneté ininterrompus au service du même employeur, a droit, sauf en cas de faute grave, à une indemnité de licenciement ».
Ces deux textes expliquent pourquoi la qualification est si souvent contestée : entre une faute simple et une faute grave, l'écart ne porte pas sur le principe de la rupture, qui est acquis dans les deux cas, mais sur plusieurs mois de salaire.
Licenciement pour faute : faute simple, faute grave ou faute lourde ?
Trois degrés existent, et la fiche officielle les distingue par une phrase chacun. La faute simple est un non-respect des obligations du salarié dont la « Gravité [est] insuffisante pour rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise ». La faute grave rend ce maintien impossible « même pour la durée du préavis ». La faute lourde, enfin, est une « Faute d'une particulière gravité, révélant une intention de nuire à l'employeur », dans une situation « qui rend le maintien du salarié dans l'entreprise impossible, même pendant la durée du préavis ».
L'intention de nuire est le seul critère qui sépare la faute lourde de la faute grave. Elle est rarement retenue, et elle ne prive plus le salarié de ses congés payés.
| Conséquence pour le salarié | Faute simple | Faute grave | Faute lourde |
|---|---|---|---|
| Préavis et indemnité compensatrice de préavis | Oui | Non | Non |
| Indemnité de licenciement | Oui, s'il en remplit les conditions | Non | Non |
| Indemnité compensatrice de congés payés | Oui | Oui | Oui |
| Allocation d'aide au retour à l'emploi | Oui, sous conditions | Oui, sous conditions | Oui, sous conditions |
| Contestation devant le conseil de prud'hommes | Oui | Oui | Oui |
Licenciement pour faute simple : ce qui change concrètement
Le salarié licencié pour faute simple exécute son préavis, ou perçoit l'indemnité compensatrice correspondante si l'employeur l'en dispense. L'article L. 1234-5 du Code du travail précise que cette dispense « n'entraîne aucune diminution des salaires et avantages que le salarié aurait perçus s'il avait accompli son travail jusqu'à l'expiration du préavis, indemnité de congés payés comprise ». Il ajoute que « l'indemnité compensatrice de préavis se cumule avec l'indemnité de licenciement ». Requalifier une faute grave en faute simple, c'est donc récupérer ces deux sommes d'un coup.
Exemple chiffré, à titre d'illustration. Un salarié comptant trois ans d'ancienneté et 2 400 € de salaire mensuel de référence perd, si la faute grave est retenue, deux mois de préavis, soit 4 800 €, et son indemnité de licenciement. Licencié pour faute simple, il touche les deux.
Quels sont les motifs de licenciement pour faute grave ?
La fiche officielle donne des exemples, pas une liste fermée. Relèvent de la faute grave, selon elle, l'état d'ivresse pendant les heures de travail, les absences injustifiées, l'indiscipline ou l'insubordination du salarié, le « Harcèlement, violences ou injures envers l'employeur ou d'autres salariés » et les vols dans l'entreprise. La même fiche cite au titre de la faute lourde le blocage de l'accès à l'entreprise aux salariés non-grévistes par des salariés grévistes, la dégradation volontaire d'un outil de l'entreprise, la « Violence physique et menace de mort envers l'employeur », la séquestration d'un membre du personnel, le détournement de clientèle au profit d'un concurrent et la divulgation d'informations secrètes ou confidentielles. Les violences figurent donc dans les deux listes : ce n'est pas l'acte pris isolément qui fait basculer en faute lourde, c'est l'intention de nuire.
La qualification n'est jamais automatique. Deux salariés peuvent commettre le même acte et recevoir des qualifications différentes selon l'ancienneté, les fonctions occupées, les antécédents disciplinaires et le contexte. La Cour de cassation l'a rappelé dans une affaire où l'employeur avait laissé la salariée à son poste pendant un mois avant d'ouvrir la procédure : selon le service public, « la mise à pied immédiate du salarié n'est pas obligatoire lors d'une procédure de licenciement pour faute grave », et ce maintien au poste n'excluait pas la faute grave (Cass. soc., 2 mai 2024, n° 22-13.869, commentée le 27 mai 2024).
Le motif retenu doit être écrit, et écrit précisément. Le modèle officiel de lettre annexé au décret impose d'« énoncer les éléments fautifs de façon précise et objective », ces éléments devant être « matériellement vérifiables, si possible en précisant les dates, les lieux, le contexte plus général de l'attitude fautive du salarié » et « imputables personnellement au salarié ». Un motif vague, du type « comportement inadapté », n'a donc pas la solidité attendue.
Un motif ne vaut que s'il est invoqué à temps. L'article L. 1332-4 du Code du travail pose que « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales. » Un fait plus ancien ne peut plus, à lui seul, fonder la sanction.
Quel type de licenciement : motif personnel ou motif économique ?
Avant de discuter de la faute, il faut savoir dans quelle famille on se trouve. Le droit français connaît deux grands types de licenciement, et le licenciement disciplinaire n'est qu'une branche du premier.
Le licenciement pour motif personnel repose sur la personne du salarié. L'article L. 1232-1 du Code du travail tient en deux phrases : « Tout licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions définies par le présent chapitre. Il est justifié par une cause réelle et sérieuse. » Ce motif personnel peut être disciplinaire, lorsqu'une faute est reprochée, ou non disciplinaire, par exemple en cas d'insuffisance professionnelle ou d'inaptitude constatée par le médecin du travail.
Le licenciement pour motif économique repose au contraire sur des causes extérieures à la personne. L'article L. 1233-3 du Code du travail le définit comme « le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail ».
| Type de licenciement | Fondement | Texte de référence | Faute reprochée |
|---|---|---|---|
| Motif personnel disciplinaire | Faute simple, grave ou lourde du salarié | Art. L. 1232-1 et L. 1331-1 C. trav. | Oui |
| Motif personnel non disciplinaire | Insuffisance professionnelle, inaptitude, autres causes liées à la personne | Art. L. 1232-1 C. trav. | Non |
| Motif économique | Suppression ou transformation d'emploi, modification refusée d'un élément essentiel du contrat | Art. L. 1233-3 C. trav. | Non |
Cette classification n'est pas décorative : le modèle officiel de lettre de notification diffère selon le type retenu, le décret n° 2017-1820 du 29 décembre 2017 en annexant un par situation, dont un « MODÈLE DE LETTRE DE LICENCIEMENT POUR MOTIF PERSONNEL DISCIPLINAIRE (FAUTE(S) SÉRIEUSE(S), GRAVE(S) OU LOURDE(S)) ».
Quelle procédure et quels délais faut-il respecter ?
La procédure est la même que pour tout licenciement pour motif personnel, avec en plus les règles du droit disciplinaire. Elle se déroule en six temps, chacun encadré par un délai.
- Agir dans les deux mois. Le compte à rebours de l'article L. 1332-4 démarre « à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance » des faits fautifs, et non du jour des faits eux-mêmes.
- Convoquer à un entretien préalable. L'article L. 1232-2 du Code du travail impose une convocation « par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge » indiquant l'objet, et pose que « l'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation ». La fiche « Procédure de licenciement pour motif personnel » précise que le jour de la présentation et celui de l'entretien ne comptent pas.
- Décider, ou non, d'une mise à pied conservatoire. L'article L. 1332-3 du Code du travail vise le cas où « les faits reprochés au salarié ont rendu indispensable une mesure conservatoire de mise à pied à effet immédiat » et impose alors de respecter malgré tout la procédure de l'article L. 1332-2. Cette mesure reste facultative.
- Tenir l'entretien. L'article L. 1332-2 du Code du travail prévoit que « lors de son audition, le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise » et que « au cours de l'entretien, l'employeur indique le motif de la sanction envisagée et recueille les explications du salarié ».
- Notifier par lettre recommandée. Deux bornes encadrent l'envoi. La lettre « ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après la date prévue de l'entretien préalable » selon l'article L. 1232-6, et la sanction « ne peut intervenir [...] plus d'un mois après le jour fixé pour l'entretien » selon l'article L. 1332-2.
- Remettre les documents de fin de contrat. Certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à France Travail, sur lesquels nous revenons plus bas.
| Étape | Délai applicable | Texte |
|---|---|---|
| Engagement des poursuites disciplinaires | 2 mois maximum à compter de la connaissance des faits | Art. L. 1332-4 C. trav. |
| Entre la convocation et l'entretien | 5 jours ouvrables minimum | Art. L. 1232-2 C. trav. |
| Entre l'entretien et l'envoi de la lettre | 2 jours ouvrables minimum | Art. L. 1232-6 C. trav. |
| Entre l'entretien et la sanction | 1 mois maximum | Art. L. 1332-2 C. trav. |
| Demande de précisions sur les motifs | 15 jours après la notification, puis 15 jours pour répondre | Art. R. 1232-13 C. trav. |
| Contestation devant le conseil de prud'hommes | 12 mois à compter de la notification | Art. L. 1471-1 C. trav. |
Une irrégularité de procédure ne rend pas le licenciement injustifié pour autant. L'article L. 1235-2 du Code du travail prévoit que, lorsque la procédure des articles L. 1232-2, L. 1232-3 ou L. 1232-4 n'a pas été observée « mais pour une cause réelle et sérieuse, le juge accorde au salarié, à la charge de l'employeur, une indemnité qui ne peut être supérieure à un mois de salaire ».
Lettre de licenciement pour faute grave : que doit-elle contenir ?
Le contenu minimal de la lettre est fixé par l'article L. 1232-6 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er avril 2018 : l'employeur « notifie sa décision par lettre recommandée avec avis de réception », et « cette lettre comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués par l'employeur ». Le même article renvoie à « un arrêté du ministre chargé du travail » pour les modèles utilisables.
Ces modèles existent et sont publics. Le décret n° 2017-1820 du 29 décembre 2017 annexe un « MODÈLE DE LETTRE DE LICENCIEMENT POUR MOTIF PERSONNEL DISCIPLINAIRE (FAUTE(S) SÉRIEUSE(S), GRAVE(S) OU LOURDE(S)) ». Sa structure donne le plan attendu.
- L'en-tête et l'objet. Dénomination sociale et adresse du siège, lieu et date, nom et adresse du salarié, puis un objet qui annonce la « notification d'un licenciement pour faute (préciser s'il s'agit d'une faute sérieuse, grave ou lourde) ».
- Le rappel de l'entretien. Le corps s'ouvre sur « Suite à notre entretien qui s'est tenu le… ».
- L'énoncé des motifs. Le modèle demande d'exposer les éléments fautifs « de façon précise et objective », « matériellement vérifiables » et « imputables personnellement au salarié ».
- La conséquence propre à la faute grave. Le modèle propose la formule : « Compte tenu de la gravité des faits qui vous sont reprochés, votre maintien dans l'entreprise est impossible. Votre licenciement prend donc effet immédiatement, sans indemnité de préavis ni de licenciement. »
- Les documents de fin de contrat. « A l'expiration de votre contrat de travail, nous tiendrons à votre disposition [ou] nous vous remettrons [ou] nous vous adresserons par courrier votre certificat de travail, votre reçu pour solde de tout compte et votre attestation Pôle emploi. » L'opérateur porte aujourd'hui le nom de France Travail, et l'article R. 1234-9 du Code du travail, en vigueur depuis le 1er juillet 2024, impose de lui transmettre l'attestation « sans délai », par voie électronique pour les employeurs d'au moins onze salariés.
- La mention du droit à précisions. « Vous pouvez faire une demande de précision des motifs du licenciement énoncés dans la présente lettre, dans les quinze jours suivant sa notification par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé. »
Ce dernier point mérite l'attention des deux parties. L'article R. 1232-13 du Code du travail ouvre trois possibilités dans le même délai de quinze jours : le salarié peut demander des précisions, l'employeur dispose alors de quinze jours pour en apporter « s'il le souhaite », et l'employeur peut aussi préciser les motifs de sa propre initiative. Le second alinéa de l'article L. 1235-2 en tire la conséquence procédurale : « La lettre de licenciement, précisée le cas échéant par l'employeur, fixe les limites du litige en ce qui concerne les motifs de licenciement. » Le débat devant le juge se jouera donc dans le périmètre de ce courrier.
Ne pas demander de précisions a un coût pour le salarié. L'article L. 1235-2 prévoit qu'« à défaut pour le salarié d'avoir formé auprès de l'employeur une demande » de précisions, « l'irrégularité que constitue une insuffisance de motivation de la lettre de licenciement ne prive pas, à elle seule, le licenciement de cause réelle et sérieuse et ouvre droit à une indemnité qui ne peut excéder un mois de salaire ».
Licenciement pour faute grave : quelles indemnités restent dues ?
La faute grave supprime deux indemnités et en laisse une intacte. Le tableau ci-dessous récapitule le solde de tout compte d'un salarié licencié pour faute grave, texte par texte.
| Somme | Due en cas de faute grave ? | Texte applicable |
|---|---|---|
| Salaire jusqu'au jour de la rupture | Oui | Exécution du contrat |
| Indemnité compensatrice de congés payés | Oui | Art. L. 3141-28 C. trav. |
| Indemnité compensatrice de préavis | Non | Art. L. 1234-1 et L. 1234-5 C. trav. |
| Indemnité légale de licenciement | Non | Art. L. 1234-9 C. trav. |
| Indemnité conventionnelle plus favorable | Selon la convention collective applicable | Convention ou accord collectif |
Les congés payés restent acquis, même en cas de faute grave
C'est le point le plus souvent ignoré. L'article L. 3141-28 du Code du travail, en vigueur depuis le 10 août 2016, énonce que « lorsque le contrat de travail est rompu avant que le salarié ait pu bénéficier de la totalité du congé auquel il avait droit, il reçoit, pour la fraction de congé dont il n'a pas bénéficié, une indemnité compensatrice de congé », et ajoute que « l'indemnité est due que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l'employeur ». Le texte ne réserve aucun sort particulier à la faute grave. La fiche officielle le confirme : « Oui, le salarié perçoit une indemnité compensatrice de congés payés s'il en remplit les conditions. »
Licenciement pour faute grave et indemnité de licenciement : ce qui est perdu
L'ordre de grandeur se calcule facilement. L'article R. 1234-2 du Code du travail fixe le plancher légal : « Un quart de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années jusqu'à dix ans » et « un tiers de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années à partir de dix ans ». Le salaire de référence retenu est, selon l'article R. 1234-4 du Code du travail, la formule la plus avantageuse pour le salarié entre la moyenne mensuelle des douze derniers mois et le tiers des trois derniers mois.
Exemple illustratif. Un salarié comptant douze ans d'ancienneté, avec un salaire de référence de 2 400 €, aurait droit à 600 € pour chacune des dix premières années, soit 6 000 €, puis à 800 € pour chacune des deux années suivantes, soit 1 600 €. Total : 7 600 €. La faute grave fait tomber cette somme à zéro, et s'y ajoute la perte des deux mois de préavis, soit 4 800 € dans le même exemple. L'enjeu chiffré d'une contestation dépasse donc largement le principe.
Ces montants sont des planchers légaux, calculés à titre d'exemple. La convention collective, le contrat de travail ou un usage peuvent prévoir mieux, et le salaire de référence dépend des primes réellement versées. Vérifiez toujours la convention collective dont relève l'entreprise avant de retenir un chiffre.
Licenciement pour faute grave et chômage : a-t-on droit aux allocations ?
Oui. C'est la réponse la plus rassurante de ce guide, et elle est constante. La FAQ de France Travail consacrée au licenciement pour faute grave l'écrit sans ambiguïté : « Tous les salariés licenciés, même pour des fautes graves ou lourdes ont le droit de percevoir l'assurance chômage. » Elle en donne la raison : « Cette situation ouvre droit à l'indemnisation, même si le salarié licencié est en tort, puisque c'est bien l'employeur qui est à l'origine de la rupture du contrat de travail. »
Le raisonnement est celui de la perte involontaire d'emploi. Une démission n'ouvre en principe pas de droit, sauf lorsqu'elle est légitime au sens de la réglementation d'assurance chômage. Un licenciement, quel qu'en soit le motif, est décidé par l'employeur : la privation d'emploi est involontaire, et le droit s'ouvre si les autres conditions sont remplies.
La fiche officielle sur le licenciement pour faute le confirme dans les mêmes termes : « Oui, le salarié qui remplit les conditions, notamment d'une période minimale de travail, peut bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). » Cette période minimale figure sur la fiche ARE de service-public.gouv.fr, dont la dernière vérification officielle date du 23 juillet 2026 : six mois de travail, soit 130 jours ou 910 heures, au cours des 24 derniers mois avant 55 ans, et au cours des 36 derniers mois à partir de 55 ans. Depuis le 1er avril 2026, cette durée d'affiliation est modulée pour les demandeurs d'emploi primo-entrants, c'est-à-dire ceux qui n'ont jamais bénéficié de l'assurance chômage ou qui n'en ont pas bénéficié depuis plus de 20 ans : cinq mois de travail suffisent alors, sur les mêmes périodes de référence de 24 ou 36 mois selon l'âge. L'inscription doit intervenir dans les douze mois suivant la fin du contrat de travail, ce délai pouvant être allongé dans certaines situations.
Deux réflexes en découlent. D'abord, l'inscription se fait dans les douze mois qui suivent la fin du contrat, sans attendre l'issue d'une éventuelle contestation. Ensuite, l'attestation destinée à France Travail se réclame : l'article R. 1234-9 impose à l'employeur de délivrer au salarié « les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations » et de les transmettre « sans délai » à l'opérateur.
Témoignage et faute grave : comment la faute se prouve-t-elle ?
Devant le conseil de prud'hommes, la faute grave se démontre par des pièces, et le témoignage écrit en est une. Il porte un nom précis : l'attestation. L'article 202 du Code de procédure civile en fixe le contenu obligatoire.
- Elle « contient la relation des faits auxquels son auteur a assisté ou qu'il a personnellement constatés ». Un collègue qui rapporte ce qu'on lui a raconté n'atteste de rien.
- Elle mentionne « les nom, prénoms, date et lieu de naissance, demeure et profession de son auteur ainsi que, s'il y a lieu, son lien de parenté ou d'alliance avec les parties, de subordination à leur égard, de collaboration ou de communauté d'intérêts avec elles ». Le lien de subordination avec l'employeur doit donc être déclaré.
- Elle « indique en outre qu'elle est établie en vue de sa production en justice et que son auteur a connaissance qu'une fausse attestation de sa part l'expose à des sanctions pénales ».
- Elle « est écrite, datée et signée de la main de son auteur », qui doit y annexer « en original ou en photocopie, tout document officiel justifiant de son identité et comportant sa signature ».
L'avertissement pénal n'est pas une formule de style. L'article 441-7 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende le fait « d'établir une attestation ou un certificat faisant état de faits matériellement inexacts », de « falsifier une attestation ou un certificat originairement sincère » ou de « faire usage d'une attestation ou d'un certificat inexact ou falsifié ».
Et si les versions s'opposent ? Le dernier alinéa de l'article L. 1235-1 du Code du travail tranche en une phrase : « Si un doute subsiste, il profite au salarié. » Le même article précise que le juge, « à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles ».
J'ai reçu ma lettre de licenciement pour faute grave : que faire ?
Le réflexe utile n'est pas de répondre à chaud, c'est de regarder le calendrier. Cinq actions se rangent par ordre d'urgence.
- Relever la date de notification. Elle fait courir deux délais : quinze jours pour demander des précisions sur les motifs, douze mois pour saisir le conseil de prud'hommes.
- Demander des précisions dans les quinze jours. La demande se fait par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé, en application de l'article R. 1232-13. C'est le moyen de forcer l'employeur à fixer sa version avant le procès, et de ne pas être privé de l'indemnité prévue à l'article L. 1235-2.
- Vérifier les documents de fin de contrat. Le reçu pour solde de tout compte « peut être dénoncé dans les six mois qui suivent sa signature, délai au-delà duquel il devient libératoire pour l'employeur pour les sommes qui y sont mentionnées » (article L. 1234-20 du Code du travail). Contrôlez notamment l'indemnité compensatrice de congés payés.
- S'inscrire à France Travail. L'inscription conditionne l'ouverture des droits et se fait dans les douze mois suivant la fin du contrat.
- Saisir le conseil de prud'hommes dans les douze mois. L'article L. 1471-1 du Code du travail pose que « toute action portant sur la rupture du contrat de travail se prescrit par douze mois à compter de la notification de la rupture ». Passé ce délai, l'action est éteinte.
Si le juge écarte la faute grave, le salarié récupère l'indemnité compensatrice de préavis et l'indemnité de licenciement. Si le licenciement est en outre jugé sans cause réelle et sérieuse, l'article L. 1235-3 du Code du travail ajoute une indemnité dont le montant est compris entre un minimum et un maximum, exprimés en mois de salaire brut et fixés par un tableau qui varie selon l'ancienneté en années complètes et selon l'effectif de l'entreprise. L'administration met à disposition un simulateur officiel des indemnités en cas de licenciement abusif qui restitue les deux bornes pour une situation donnée.
Embauche après un licenciement pour faute grave : que voit le futur employeur ?
Rien, s'il s'en tient aux documents remis. Le certificat de travail est le document que le nouvel employeur demande le plus souvent, et son contenu est verrouillé. L'article D. 1234-6 du Code du travail énonce que « le certificat de travail contient exclusivement les mentions suivantes : 1° La date d'entrée du salarié et celle de sa sortie ; 2° La nature de l'emploi ou des emplois successivement occupés et les périodes pendant lesquelles ces emplois ont été tenus ». Les 3° et 4° ont été abrogés. Le motif de la rupture n'y figure donc pas, et l'article L. 1234-19 se borne à imposer sa délivrance à l'expiration du contrat.
Le recrutement est lui aussi encadré. L'article L. 1221-6 du Code du travail pose que « les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ne peuvent avoir comme finalité que d'apprécier sa capacité à occuper l'emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles », et que ces informations « doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé ou avec l'évaluation des aptitudes professionnelles ». Le même article ajoute que « le candidat est tenu de répondre de bonne foi à ces demandes d'informations ».
La lecture combinée est simple. Un recruteur n'a pas à connaître le motif d'une rupture antérieure, et rien n'oblige un candidat à le mentionner spontanément. En revanche, la bonne foi interdit de mentir sur un point qui présente un lien direct et nécessaire avec le poste, par exemple la détention d'un diplôme ou d'une habilitation. Aucun texte n'interdit par ailleurs d'embaucher une personne précédemment licenciée pour faute grave, ni ne prive celle-ci de son droit aux allocations pendant la recherche d'un nouvel emploi.
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FAQ : vos questions sur la faute grave
Le salaire dû et les congés payés, rien de plus au titre de la loi. L'indemnité de licenciement n'est pas due, l'article L. 1234-9 du Code du travail la réservant au salarié licencié « sauf en cas de faute grave ». L'indemnité compensatrice de préavis ne l'est pas davantage, l'article L. 1234-1 ouvrant le droit au préavis « lorsque le licenciement n'est pas motivé par une faute grave ». Reste l'indemnité compensatrice de congés payés, due « que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l'employeur » selon l'article L. 3141-28. Une convention collective peut prévoir des règles plus favorables : elle doit être vérifiée au cas par cas.
Aucune liste légale n'existe, seulement des exemples officiels. La fiche service-public.gouv.fr cite, au titre de la faute grave, l'état d'ivresse pendant les heures de travail, les absences injustifiées, l'indiscipline ou l'insubordination, le harcèlement, les violences ou injures envers l'employeur ou d'autres salariés, et les vols dans l'entreprise. Le critère décisif reste l'impossibilité de maintenir le salarié dans l'entreprise « même pour la durée du préavis ». La qualification dépend donc du contexte : ancienneté, fonctions, antécédents disciplinaires. Le motif doit en outre être énoncé dans la lettre de façon « précise et objective » et « matériellement vérifiable », selon le modèle officiel annexé au décret n° 2017-1820 du 29 décembre 2017.
Six délais rythment la procédure. Deux mois à compter du jour où l'employeur a connaissance des faits pour engager les poursuites disciplinaires (art. L. 1332-4). Cinq jours ouvrables minimum entre la présentation de la convocation et l'entretien (art. L. 1232-2). Deux jours ouvrables minimum entre l'entretien et l'envoi de la lettre (art. L. 1232-6). Un mois maximum entre l'entretien et la sanction (art. L. 1332-2). Quinze jours après la notification pour demander des précisions sur les motifs, puis quinze jours pour la réponse (art. R. 1232-13). Douze mois enfin pour saisir le conseil de prud'hommes (art. L. 1471-1).
Côté employeur, six étapes ; côté salarié, quatre. L'employeur agit dans les deux mois, convoque à un entretien préalable par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, peut prononcer une mise à pied conservatoire sans y être obligé, tient l'entretien, notifie par lettre recommandée avec avis de réception au moins deux jours ouvrables après et au plus tard un mois après, puis remet les documents de fin de contrat. Le salarié, lui, relève la date de notification, peut demander des précisions dans les quinze jours, s'inscrit à France Travail dans les douze mois suivant la fin du contrat et peut saisir le conseil de prud'hommes dans les douze mois.
Trois documents de fin de contrat, plus les pièces du dossier. L'employeur délivre le certificat de travail, dont l'article D. 1234-6 limite le contenu aux dates d'entrée et de sortie et à la nature des emplois occupés, le reçu pour solde de tout compte prévu à l'article L. 1234-20, et l'attestation permettant d'exercer les droits à l'assurance chômage, transmise « sans délai » à France Travail en application de l'article R. 1234-9. Pour le dossier lui-même, réunissez la lettre de convocation, la lettre de licenciement, les éventuelles précisions de motifs, le contrat de travail, les bulletins de paie et les attestations de témoins conformes à l'article 202 du Code de procédure civile.
Les plus coûteuses tiennent au calendrier et à l'écrit. Côté employeur : laisser passer les deux mois de l'article L. 1332-4, convoquer sans respecter les cinq jours ouvrables, expédier la lettre avant les deux jours ouvrables ou plus d'un mois après l'entretien, énoncer un motif vague alors que le modèle officiel exige des faits « matériellement vérifiables ». Côté salarié : signer sans lire le reçu pour solde de tout compte, qui devient libératoire au bout de six mois, ne pas demander de précisions dans les quinze jours, ce qui plafonne l'indemnité d'insuffisance de motivation à un mois de salaire, et laisser filer les douze mois de l'article L. 1471-1.
Non. L'article L. 1332-3 du Code du travail vise l'hypothèse où les faits « ont rendu indispensable une mesure conservatoire de mise à pied à effet immédiat », et impose alors de respecter malgré tout la procédure disciplinaire de l'article L. 1332-2. Il ne l'impose pas. La Cour de cassation l'a confirmé le 2 mai 2024 (n° 22-13.869) : le maintien de la salariée à son poste pendant un mois avant l'ouverture de la procédure n'excluait pas l'existence d'une faute grave. Le texte ne règle pas non plus le sort de la rémunération pendant cette période.
Oui, sous les conditions habituelles. France Travail écrit que « tous les salariés licenciés, même pour des fautes graves ou lourdes ont le droit de percevoir l'assurance chômage », parce que « c'est bien l'employeur qui est à l'origine de la rupture du contrat de travail ». La fiche service-public.gouv.fr sur le licenciement pour faute confirme : « Oui, le salarié qui remplit les conditions, notamment d'une période minimale de travail, peut bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). » Cette période minimale est de six mois de travail, soit 130 jours ou 910 heures, sur les 24 derniers mois avant 55 ans et sur les 36 derniers mois ensuite. Depuis le 1er avril 2026, cinq mois suffisent pour les primo-entrants, c'est-à-dire les demandeurs d'emploi jamais indemnisés ou non indemnisés depuis plus de 20 ans.
Il compte comme pièce, il ne décide pas seul. L'article 202 du Code de procédure civile impose que l'attestation relate « les faits auxquels son auteur a assisté ou qu'il a personnellement constatés », mentionne son identité et son éventuel lien de subordination, indique qu'elle est établie en vue d'une production en justice, et soit « écrite, datée et signée de la main de son auteur » avec une pièce d'identité annexée. Une fausse attestation expose à un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (article 441-7 du Code pénal). Le juge forme sa conviction au vu de l'ensemble des éléments et, « si un doute subsiste, il profite au salarié » (article L. 1235-1 du Code du travail).
Pas par les documents remis au salarié. L'article D. 1234-6 du Code du travail limite le certificat de travail à deux mentions : les dates d'entrée et de sortie, et la nature des emplois occupés avec leurs périodes. Le motif de la rupture n'y apparaît pas. Le recrutement est lui-même encadré : selon l'article L. 1221-6, les informations demandées au candidat « ne peuvent avoir comme finalité que d'apprécier sa capacité à occuper l'emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles » et doivent présenter « un lien direct et nécessaire » avec ce poste. Le candidat reste tenu de répondre de bonne foi aux questions qui remplissent cette condition.
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