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Guide · Actav · Logement et location · 2026

Caution non rendue après 2 mois que faire : le guide complet 2026, par avocat

Caution non rendue après 2 mois que faire ? Délai légal, majoration de 10 % par mois, mise en demeure, conciliation et juge compétent, par avocat.

Mis à jour août 2026 Sources officielles citées Lecture 13 min
caution non rendue après 2 mois que faire : recours du locataire et majoration de 10 % — Actav
Sommaire — Sous la direction de Me Manel Sghari, avocat au Barreau de Paris · Mis à jour le 20 août 2026
  1. Ce que dit la loi
  2. La majoration de 10 %
  3. Les retenues du bailleur
  4. Les étapes dans l'ordre
  5. La mise en demeure
  6. Quel juge saisir
  7. Le délai pour agir
  8. Les erreurs à éviter
  9. FAQ

Caution non rendue après 2 mois que faire : le délai légal maximal est dépassé, la somme est exigible et elle produit une majoration automatique. Ce que le langage courant appelle « la caution » est juridiquement le dépôt de garantie. L'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de le restituer dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise des clés, ramené à un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée. Au-delà, « le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard », sauf lorsque le retard résulte de l'absence de transmission de la nouvelle adresse par le locataire. Trois étapes s'enchaînent : une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, une tentative amiable obligatoire en dessous de 5 000 € (conciliateur de justice, médiation ou procédure participative, article 750-1 du code de procédure civile), puis la saisine du juge des contentieux de la protection. Le locataire dispose de trois ans pour agir, en application de l'article 7-1 de la même loi.

Sur Actav (actav.fr), retrouvez des modèles rédigés par avocat dans la bibliothèque de modèles.
L'ESSENTIEL

Caution non rendue après 2 mois que faire : la question se pose au pire moment, celui où l'on a déjà déménagé, payé un nouveau dépôt de garantie et perdu le contact facile avec l'ancien bailleur. Elle mérite pourtant une réponse froide, car la situation est juridiquement nette. Deux mois est le délai maximal, pas un délai indicatif. Une fois franchi, il ne se discute plus : la somme est due, elle augmente chaque mois, et le locataire dispose de voies de recours graduées qui commencent par un simple courrier.

Un mot doit être posé d'emblée, parce qu'il conditionne la suite. En droit, la caution désigne une personne, celle qui s'engage à payer à la place du locataire défaillant. L'argent versé à l'entrée dans les lieux porte un autre nom : le dépôt de garantie. Cet article traite de cette somme, celle que tout le monde appelle « la caution », et il emploie les deux mots là où c'est nécessaire pour rester exact. Vous trouverez ci-dessous le texte applicable, le calcul de la majoration, les retenues que le bailleur peut légitimement opérer, le contenu de la mise en demeure, la procédure amiable devenue obligatoire, la saisine du juge et le délai pour agir.

Modèle de bail d'habitation rédigé par avocat. Contrat de location vide conforme à la loi du 6 juillet 1989, au format Word modifiable, avec les clauses de dépôt de garantie et de congé. Voir sur Actav →
CE QUE DIT LA LOI

Caution non rendue après 2 mois que faire : que dit précisément la loi ?

Le texte applicable est l'article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur depuis le 27 mars 2014. Il fixe deux délais, et non un seul, ce qui explique une bonne partie des malentendus entre bailleurs et locataires.

Le premier délai est le délai long. Le dépôt de garantie « est restitué dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise en main propre, ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des clés au bailleur ou à son mandataire ». Le second est le délai court : la restitution intervient « dans un délai maximal d'un mois à compter de la remise des clés par le locataire lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée ». Autrement dit, le délai de deux mois est celui qui s'applique lorsque l'état des lieux de sortie fait apparaître des différences avec celui d'entrée. C'est le délai le plus long que la loi accorde au bailleur.

Situation à la remise des clésDélai maximal de restitutionPoint de départTexte
État des lieux de sortie conforme à l'état des lieux d'entrée1 moisRemise des clés au bailleur ou à son mandataireArt. 22, al. 4, loi du 6 juillet 1989
État des lieux de sortie non conforme (dégradations, travaux, sommes dues)2 moisRemise des clés en main propre ou par lettre recommandée avec avis de réceptionArt. 22, al. 3, loi du 6 juillet 1989
Logement situé dans un immeuble collectif, charges non arrêtéesSolde restitué dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes de l'immeuble, provision plafonnée à 20 % du dépôtArrêté annuel des comptes de l'immeubleArt. 22, al. 5 et 6, loi du 6 juillet 1989
Aucun état des lieux de sortie n'a été établiLe régime des délais reste celui de l'article 22, la preuve des dégradations incombe au bailleurRemise des clésArt. 22, loi du 6 juillet 1989

Le point de départ mérite une attention particulière, car c'est lui que l'on discute en pratique. Ce n'est ni la date du dernier loyer, ni la date de fin du préavis, ni la date de l'état des lieux : c'est la remise des clés. Et le texte précise les deux formes qui la rendent incontestable, la remise en main propre et l'envoi par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Un locataire qui a laissé les clés dans la boîte aux lettres ou chez un voisin conserve son droit, mais il devra prouver la date, ce qui est bien plus difficile.

Le mot « caution » n'apparaît nulle part dans l'article 22. Le texte parle uniquement de « dépôt de garantie ». La définition de l'article 2288 du code civil est sans ambiguïté depuis sa réécriture entrée en vigueur le 1er janvier 2022 : « Le cautionnement est le contrat par lequel une caution s'oblige envers le créancier à payer la dette du débiteur en cas de défaillance de celui-ci. » La caution est donc une personne. Cette distinction n'est pas un détail de vocabulaire : réclamer « sa caution » au bailleur en visant l'article 2288 conduirait à citer le mauvais texte.

Location meublée : le délai change-t-il ?

Non. La location meublée déroge sur le plafond du dépôt de garantie, pas sur le délai de restitution. L'article 25-6 de la loi du 6 juillet 1989 pose la règle en une phrase : « Par dérogation à l'article 22, le montant du dépôt de garantie exigible par le bailleur est limité à deux mois de loyer en principal. » La dérogation porte sur le montant exigible, et sur rien d'autre. Les délais de un et deux mois de l'article 22 s'appliquent donc à l'identique en meublé. Un locataire de meublé qui n'a rien reçu au bout de deux mois est exactement dans la même situation qu'un locataire de logement vide.

Type de locationPlafond du dépôt de garantieDélai de restitution si état des lieux conformeDélai si état des lieux non conforme
Location vide (logement non meublé)1 mois de loyer en principal, c'est-à-dire hors charges1 mois2 mois
Location meublée2 mois de loyer en principal, hors charges1 mois2 mois

L'expression « en principal » employée par la loi signifie « hors charges ». La fiche officielle service-public.gouv.fr sur le dépôt de garantie dans un bail d'habitation, vérifiée le 9 juin 2026, le traduit dans ces termes : « Le montant du dépôt de garantie ne doit pas dépasser 1 mois de loyer (hors charges) » en location vide, et 2 mois en location meublée. Un dépôt calculé sur le loyer charges comprises excède donc le plafond légal.

LA MAJORATION DE 10 %

Quelle majoration s'applique quand la caution n'est pas rendue dans les temps ?

C'est la partie la plus utile du dispositif, et la plus ignorée. Le retard n'est pas gratuit pour le bailleur. L'avant-dernier alinéa de l'article 22 prévoit qu'« à défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard ».

Quatre précisions rendent ce calcul opérationnel. La majoration se calcule sur le loyer mensuel hors charges, pas sur le montant du dépôt de garantie. Elle porte sur le dépôt restant dû, donc sur le solde après déduction des retenues justifiées, et non sur le dépôt initial. Elle court par période mensuelle commencée, ce qui signifie qu'un jour de retard dans un nouveau mois déclenche la totalité de la majoration de ce mois. Enfin, elle joue de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de la demander ni qu'un juge la prononce.

Un exemple chiffré de majoration

Prenons un logement vide loué 700 € hors charges, avec un dépôt de garantie de 700 €. L'état des lieux de sortie n'est pas conforme, le délai applicable est donc de deux mois. Les clés ont été remises le 31 mars. Le bailleur retient 150 € de réparations locatives dûment justifiées. Le solde à restituer est donc de 550 €, et il devait être versé au plus tard le 31 mai.

Date de restitution effectivePériodes mensuelles commencées en retardMajoration due (10 % × 700 €)Total à percevoir
31 mai00 €550 €
5 juin170 €620 €
20 juillet2140 €690 €
2 octobre5350 €900 €
15 mars de l'année suivante10700 €1 250 €

Ce tableau est une application directe du texte à un cas chiffré, donné à titre d'illustration. Le montant réel dépend du loyer hors charges effectivement stipulé au bail, des retenues justifiées et de la date exacte de remise des clés. La fiche officielle du dépôt de garantie retient la même règle de calcul : « Le montant du dépôt de garantie à rendre au locataire est augmenté d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel (hors charges) pour chaque mois de retard commencé. »

Une exception fait tomber la majoration, et elle est fréquente. Le même alinéa précise que « cette majoration n'est pas due lorsque l'origine du défaut de restitution dans les délais résulte de l'absence de transmission par le locataire de l'adresse de son nouveau domicile ». L'article 22 impose en effet au locataire d'indiquer au bailleur, « lors de la remise des clés, l'adresse de son nouveau domicile ». Un locataire qui a déménagé sans laisser d'adresse conserve son droit au dépôt de garantie, mais il perd la majoration de 10 % par mois. Transmettre sa nouvelle adresse par écrit, avec une preuve, est donc le premier réflexe à avoir le jour de la sortie.

LES RETENUES DU BAILLEUR

Quelles retenues le bailleur peut-il opérer sur le dépôt de garantie ?

Un dépôt partiellement restitué n'est pas nécessairement un dépôt indûment retenu. L'article 22 autorise la déduction « des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire », mais il pose une condition de fond : ces sommes doivent être « dûment justifiées ». Trois mots qui déplacent la charge de la preuve vers le bailleur.

Retenue opérée par le bailleurAdmissible ?Justificatif attendu
Loyers ou charges restés impayésOuiDécompte des sommes dues, quittances ou avis d'échéance
Réparations locatives incombant au locataireOuiComparaison des deux états des lieux, plus devis ou facture
Régularisation des charges dans un immeuble collectifOui, dans la limite d'une provision de 20 % du dépôt jusqu'à l'arrêté annuel des comptesArrêté des comptes provisoire, puis régularisation définitive
Usure normale du logement liée à un usage paisibleNonSans objet, la vétusté n'est pas une dégradation
Retenue forfaitaire « de principe » sans chiffrage ni pièceNonAucune retenue n'est due sans justification
Frais de remise en état facturés sans devis ni factureNon en l'étatLe bailleur doit produire une pièce chiffrée

La provision de 20 % appelle une explication, car elle est souvent invoquée à tort pour justifier un silence complet. Le texte l'encadre strictement : « Lorsque les locaux loués se situent dans un immeuble collectif, le bailleur procède à un arrêté des comptes provisoire et peut, lorsqu'elle est dûment justifiée, conserver une provision ne pouvant excéder 20 % du montant du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble. » Le bailleur qui use de cette faculté doit donc restituer au moins 80 % du dépôt dans le délai légal, puis solder dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes. Conserver 100 % du dépôt en invoquant les charges de copropriété ne correspond à aucune règle.

Deux règles complémentaires méritent d'être connues. La première : « Le montant de ce dépôt de garantie ne porte pas intérêt au bénéfice du locataire. Il ne doit faire l'objet d'aucune révision durant l'exécution du contrat de location, éventuellement renouvelé. » Un dépôt versé à l'entrée reste donc identique après plusieurs renouvellements, même si le loyer a été révisé. La seconde vise la vente du logement en cours de bail : « En cas de mutation à titre gratuit ou onéreux des locaux loués, la restitution du dépôt de garantie incombe au nouveau bailleur. » Le locataire d'un logement vendu réclame donc au nouveau propriétaire, quand bien même il n'a jamais versé un euro à ce dernier.

Le dépôt de garantie ne se compense pas avec le dernier loyer. Le locataire qui décide de ne pas payer son dernier mois de loyer « puisque le bailleur a la caution » se met en situation d'impayé. L'article 24, I, de la loi du 6 juillet 1989 prévoit en effet que « tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ». Cette clause ne joue pas instantanément : le même texte précise qu'elle « ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux », délai porté de deux mois à six semaines par la loi du 27 juillet 2023. Le locataire s'expose donc à un commandement de payer et aux frais qui l'accompagnent. Mieux vaut payer, puis réclamer.

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LES ÉTAPES DANS L'ORDRE

Caution non rendue après 2 mois que faire : les étapes dans l'ordre

La marche à suivre est graduée, et l'ordre compte. Sauter une étape expose à une irrecevabilité en justice, comme on va le voir. Voici le déroulé, du courrier le plus simple à la décision de justice.

  1. Reconstituer le dossier. Le bail, les deux états des lieux, la preuve de la remise des clés et de sa date, la preuve de la transmission de la nouvelle adresse, les dernières quittances de loyer et le relevé bancaire du versement initial du dépôt de garantie.
  2. Adresser une relance simple. Un courriel ou un appel suffit souvent, notamment lorsque le retard tient à un changement de gestionnaire ou à une erreur de coordonnées bancaires. Cette étape ne coûte rien et règle une part significative des dossiers.
  3. Envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception. C'est l'acte qui date formellement la réclamation, chiffre la somme et annonce la suite. Son contenu est détaillé plus bas.
  4. Saisir la commission départementale de conciliation. L'article 20 de la loi du 6 juillet 1989 lui donne compétence, en son 3°, pour « les litiges relatifs à l'état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges locatives et aux réparations ». La saisine est gratuite et la commission rend son avis dans un délai de deux mois.
  5. Accomplir la tentative amiable obligatoire. En dessous de 5 000 €, l'action en justice doit être précédée d'une conciliation, d'une médiation ou d'une procédure participative, sous peine d'irrecevabilité. C'est le point le plus souvent manqué.
  6. Saisir le juge des contentieux de la protection. C'est le juge compétent pour tout litige relatif à un bail d'habitation, sans obligation de prendre un avocat.

Une voie parallèle existe, souvent plus rapide. L'article L. 125-1 du code des procédures civiles d'exécution ouvre une procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, confiée à un commissaire de justice, pour une créance de nature contractuelle. Elle « se déroule dans un délai d'un mois à compter de l'envoi par le commissaire d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou d'un message transmis par voie électronique invitant le débiteur à participer à cette procédure ». En cas d'accord des deux parties sur le montant et les modalités de paiement, le commissaire de justice « délivre, sans autre formalité, un titre exécutoire ». Deux limites à connaître : selon l'article R. 125-1 du même code, « le montant de la créance en principal et intérêts ne doit pas excéder 5 000 euros », et « les frais de toute nature qu'occasionne la procédure sont à la charge exclusive du créancier ».

LA MISE EN DEMEURE

Que doit contenir la mise en demeure adressée au bailleur ?

La mise en demeure n'a pas de forme imposée par la loi de 1989 pour ce litige, mais elle remplit trois fonctions concrètes : elle prouve la réclamation et sa date, elle chiffre précisément la dette, et elle constitue la pièce que le juge lira en premier. Elle s'envoie par lettre recommandée avec avis de réception, l'avis de réception étant conservé avec une copie du courrier.

  • Vos coordonnées et celles du bailleur, en reprenant l'identité exacte figurant au bail. Si le logement a été vendu, le courrier s'adresse au nouveau propriétaire, puisque la restitution lui incombe en application de l'article 22.
  • L'adresse du logement quitté et les dates clés : date d'entrée, date de fin de bail, date de l'état des lieux de sortie et surtout date de remise des clés, avec la forme de cette remise.
  • Le rappel du fondement, l'article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, et du délai applicable à votre situation, un mois ou deux mois selon la conformité de l'état des lieux de sortie.
  • Le montant réclamé, décomposé : montant initial du dépôt de garantie, retenues éventuellement acceptées, solde restant dû, puis majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges par période mensuelle commencée en retard.
  • La demande de justificatifs pour toute retenue déjà annoncée par le bailleur, en rappelant que l'article 22 exige des sommes « dûment justifiées ».
  • Vos coordonnées bancaires et le rappel de votre nouvelle adresse, avec la mention de la date à laquelle vous l'aviez communiquée la première fois.
  • Un délai de réponse et l'annonce de la suite : quinze jours est un délai usuel, suivi de l'indication que vous saisirez la commission départementale de conciliation puis le juge des contentieux de la protection.
  • La date et la signature, avec la conservation de la copie et de la preuve de dépôt.

La mise en demeure suffit-elle à préserver vos droits ?

Elle est utile mais elle ne suspend rien à elle seule. Le délai pour agir de l'article 7-1 de la loi de 1989, examiné plus bas, continue de courir pendant les échanges de courriers. Un dossier qui s'enlise pendant deux ans et demi en relances successives se retrouve à quelques mois de la prescription. La mise en demeure prépare la procédure, elle ne la remplace pas. En revanche, certains actes arrêtent le compteur : la saisine de la juridiction interrompt la prescription, et l'accord du débiteur constaté par le commissaire de justice dans la procédure de recouvrement des petites créances la suspend, l'article L. 125-1 précisant que cet accord « suspend la prescription ». Le recours à une médiation ou à une conciliation produit lui aussi un effet suspensif dans les conditions fixées par le code civil. Le réflexe utile est simple : ne jamais laisser un dossier vieillir sur de seules relances.

QUEL JUGE SAISIR

Quel juge saisir et selon quelle procédure ?

Le juge compétent est le juge des contentieux de la protection. L'article L. 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire, en vigueur depuis le 1er janvier 2020, lui attribue les actions « dont un contrat de louage d'immeubles à usage d'habitation ou un contrat portant sur l'occupation d'un logement est l'objet, la cause ou l'occasion ». Une demande de restitution de dépôt de garantie entre pleinement dans ce périmètre. La juridiction territorialement compétente est celle du lieu de situation du logement.

Avant de le saisir, une étape est obligatoire dans la quasi-totalité de ces dossiers. L'article 750-1 du code de procédure civile, dans sa version en vigueur depuis le 13 mai 2023, dispose qu'« à peine d'irrecevabilité que le juge peut prononcer d'office, la demande en justice est précédée, au choix des parties, d'une tentative de conciliation menée par un conciliateur de justice, d'une tentative de médiation ou d'une tentative de procédure participative, lorsqu'elle tend au paiement d'une somme n'excédant pas 5 000 euros ». Un dépôt de garantie dépasse rarement ce seuil : la tentative amiable est donc la règle. Le juge peut soulever lui-même l'irrecevabilité, ce qui signifie qu'une saisine directe risque d'être rejetée sans examen du fond.

Le texte prévoit des dispenses, dont deux méritent d'être signalées. La première tient au motif légitime, qui couvre notamment l'« indisponibilité de conciliateurs de justice entraînant l'organisation de la première réunion dans un délai supérieur à trois mois ». La seconde vise le créancier qui a déjà engagé sans succès la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances de l'article L. 125-1 du code des procédures civiles d'exécution. Un locataire passé par un commissaire de justice sans obtenir d'accord n'a donc pas à recommencer une conciliation.

ÉtapeInterlocuteurCoûtCaractère
Mise en demeureLe bailleur, par lettre recommandée avec avis de réceptionPrix de l'envoi recommandéRecommandée, non imposée par la loi
Commission départementale de conciliationCommission paritaire de bailleurs et de locataires du départementGratuiteFacultative, avis rendu dans un délai de deux mois
Conciliation, médiation ou procédure participativeConciliateur de justice, médiateur ou avocats des partiesGratuite auprès d'un conciliateur de justiceObligatoire en dessous de 5 000 €, sauf dispense
Recouvrement des petites créancesCommissaire de justiceFrais à la charge exclusive du créancierFacultative, plafonnée à 5 000 € en principal et intérêts
Saisine du jugeJuge des contentieux de la protection du lieu du logementAvocat non obligatoireVoie contentieuse, tranche le litige

La fiche officielle « Saisir le juge des contentieux de la protection », vérifiée le 1er mars 2026, confirme les modalités pratiques : la saisine se fait par requête pour les demandes inférieures ou égales à 5 000 €, l'avocat n'est pas obligatoire devant ce juge, et la tentative amiable préalable doit avoir été accomplie et justifiée.

LE DÉLAI POUR AGIR

Combien de temps reste-t-il pour réclamer une caution non rendue ?

Trois ans. L'article 7-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, en vigueur depuis le 27 mars 2014, pose la règle en une phrase : « Toutes actions dérivant d'un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer ce droit. » L'action en restitution du dépôt de garantie dérive du bail : elle relève donc de cette prescription triennale, et non du délai de cinq ans du droit commun.

Le point de départ est le jour où le locataire a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir, c'est-à-dire en pratique le jour où le dépôt aurait dû être restitué. La fiche service-public.gouv.fr consacrée au dépôt de garantie le formule ainsi pour le grand public : « Il faut saisir le juge dans un délai de 3 ans à partir du jour où le dépôt de garantie aurait dû être rendu. » Un locataire dont les clés ont été remises le 31 mars 2026, avec un état des lieux non conforme, doit donc agir avant le 31 mai 2029.

Trois ans peuvent sembler confortables. Ils le sont beaucoup moins lorsqu'on retire le temps des relances, celui de la conciliation et celui du délai d'audiencement. Le second alinéa de l'article 7-1 vise un autre cas, sans rapport avec le dépôt de garantie : « l'action en révision du loyer par le bailleur est prescrite un an après la date convenue par les parties dans le contrat de bail pour réviser ledit loyer ». Ne pas confondre les deux délais.

LES ERREURS À ÉVITER

Quelles erreurs font perdre son dépôt de garantie ?

La plupart des dossiers perdus ne le sont pas sur le fond mais sur la preuve ou sur la procédure. Voici les six écueils les plus fréquents, chacun rattaché à sa règle.

ErreurConséquenceRègle en cause
Partir sans laisser sa nouvelle adresse au bailleurPerte de la majoration de 10 % par mois de retardArt. 22, al. 7, loi du 6 juillet 1989
Rendre les clés sans preuve de la dateLe point de départ du délai devient contestableArt. 22, al. 3, loi du 6 juillet 1989
Refuser de faire l'état des lieux de sortiePerte de l'élément de comparaison le plus favorable au locataireArt. 22, al. 4, loi du 6 juillet 1989
Ne pas payer le dernier loyer pour « se rembourser » sur le dépôtSituation d'impayé et risque de mise en jeu de la clause résolutoireArt. 24, I, loi du 6 juillet 1989
Saisir le juge sans tentative amiable préalableIrrecevabilité que le juge peut prononcer d'officeArt. 750-1 code de procédure civile
Relancer pendant trois ans sans jamais saisir la juridictionAction prescrite, créance définitivement perdueArt. 7-1, loi du 6 juillet 1989

Un dernier point de vocabulaire, pour ne pas se tromper de texte

Le locataire qui écrit à son bailleur emploie souvent le mot « caution » de bonne foi. Cela n'a aucune conséquence sur son droit : le juge qualifie les faits, il ne rejette pas une demande à cause d'un mot. En revanche, ce mot ouvre deux fausses pistes. La première consiste à citer les articles du code civil sur le cautionnement, alors qu'ils régissent l'engagement d'une personne. La seconde consiste à s'adresser à la personne qui s'est portée caution, parent ou proche, qui n'a jamais détenu la somme. Le débiteur du dépôt de garantie est le bailleur, et lui seul, ou le nouveau propriétaire en cas de vente du logement.

Le cautionnement locatif obéit d'ailleurs à des règles entièrement distinctes, posées par l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 et par l'article 2297 du code civil. Rien dans ces textes ne concerne la restitution d'une somme au locataire sortant.

Sur Actav (actav.fr), le modèle de bail d'habitation rédigé par avocat est un fichier Word modifiable de 16 pages, au prix de 59,00 €, conforme à la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Il couvre notamment les clauses de durée, de loyer, de dépôt de garantie, de charges, de congé et de solidarité entre colocataires. Un bail qui stipule clairement le montant du dépôt de garantie et les modalités de l'état des lieux évite une bonne partie des litiges de restitution.

FAQ

FAQ : vos questions sur la caution non rendue après 2 mois

Caution non rendue après 2 mois que faire : quels sont les délais à connaître ?

Trois délais structurent le dossier. Le délai de restitution d'abord : l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 impose deux mois maximum à compter de la remise des clés, ramenés à un mois « lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée ». Le délai de la majoration ensuite : elle court « pour chaque période mensuelle commencée en retard », ce qui signifie qu'un seul jour de dépassement dans un nouveau mois déclenche la totalité de la majoration de ce mois. Le délai pour agir enfin : trois ans, en application de l'article 7-1 de la même loi, à compter du jour où le dépôt aurait dû être restitué. En immeuble collectif, le bailleur peut retenir une provision plafonnée à 20 % du dépôt jusqu'à l'arrêté annuel des comptes, le solde étant versé dans le mois qui suit leur approbation définitive.

Caution non rendue après 2 mois que faire : quelles démarches faut-il accomplir ?

Quatre démarches, dans cet ordre. Une relance simple d'abord, par courriel ou par téléphone, qui suffit lorsque le retard tient à une erreur de coordonnées bancaires ou à un changement de gestionnaire. Une mise en demeure ensuite, par lettre recommandée avec avis de réception, qui date la réclamation et chiffre la somme majorée. Une tentative amiable après cela : la commission départementale de conciliation est gratuite et compétente pour « les litiges relatifs à l'état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges locatives et aux réparations » selon l'article 20 de la loi du 6 juillet 1989, et l'article 750-1 du code de procédure civile impose, en dessous de 5 000 €, une conciliation, une médiation ou une procédure participative avant toute action. La saisine du juge des contentieux de la protection vient en dernier, sans avocat obligatoire. Une voie parallèle existe : la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances confiée à un commissaire de justice, dont les frais sont à la charge exclusive du créancier.

Quels documents faut-il préparer ?

Le dossier se monte autour de deux dates et d'un chiffre. Les pièces du contrat : le bail signé et ses annexes, qui indiquent le montant du dépôt de garantie et le loyer hors charges servant au calcul de la majoration de 10 %. Les pièces de la sortie : l'état des lieux d'entrée et l'état des lieux de sortie, dont la comparaison détermine si le délai applicable est de un ou de deux mois, la preuve de la remise des clés et de sa date, ainsi que la preuve écrite de la transmission de votre nouvelle adresse, qui conditionne la majoration. Les pièces financières : le relevé bancaire du versement initial du dépôt, les dernières quittances de loyer et le décompte éventuellement transmis par le bailleur. Enfin les pièces de la réclamation : copie de la mise en demeure et son avis de réception, et l'attestation de la tentative amiable, exigée par l'article 750-1 du code de procédure civile.

Quelles erreurs faut-il éviter ?

Les plus coûteuses tiennent à la preuve et à la procédure. Déménager sans transmettre sa nouvelle adresse fait perdre la majoration de 10 % par mois, l'article 22 écartant celle-ci lorsque le défaut de restitution « résulte de l'absence de transmission par le locataire de l'adresse de son nouveau domicile ». Rendre les clés sans preuve de la date rend le point de départ du délai contestable. Ne pas payer le dernier loyer en comptant sur le dépôt place le locataire en impayé, alors que l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 vise expressément le défaut de paiement du loyer et le non-versement du dépôt de garantie. Saisir le juge sans tentative amiable préalable expose à une irrecevabilité que le juge peut prononcer d'office. Enfin, relancer pendant trois ans sans jamais saisir la juridiction laisse la prescription triennale de l'article 7-1 éteindre la créance.

Que dit la loi en 2026 sur ce sujet ?

Le cadre applicable en 2026 repose sur des textes stables, dont aucun n'a été modifié récemment. L'article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, en vigueur dans sa rédaction du 27 mars 2014, fixe le plafond du dépôt de garantie à un mois de loyer en principal en location vide, les délais de restitution de un et deux mois, la provision de 20 % en immeuble collectif, la majoration de 10 % du loyer mensuel par période mensuelle commencée en retard et le transfert de l'obligation de restitution au nouveau bailleur en cas de vente. L'article 25-6 porte ce plafond à deux mois en location meublée, sans toucher aux délais. L'article 7-1 fixe la prescription à trois ans. Côté procédure, l'article L. 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire, en vigueur depuis le 1er janvier 2020, désigne le juge des contentieux de la protection, et l'article 750-1 du code de procédure civile, dans sa version du 13 mai 2023, impose la tentative amiable préalable en dessous de 5 000 €.

Quand faut-il se faire accompagner par un avocat ?

L'avocat n'est jamais obligatoire devant le juge des contentieux de la protection pour ce type de litige. La fiche officielle « Saisir le juge des contentieux de la protection », vérifiée le 1er mars 2026, indique que la représentation par avocat n'est pas requise devant ce juge et que la saisine se fait par requête pour les demandes inférieures ou égales à 5 000 €. Un dossier simple, avec deux états des lieux concordants et une preuve de remise des clés, se mène donc seul. L'accompagnement devient utile dans trois cas : lorsque le bailleur oppose des dégradations chiffrées et produit devis ou factures, ce qui transforme le litige en discussion technique sur la vétusté et les réparations locatives ; lorsque le montant en jeu dépasse le seuil de 5 000 € et fait basculer le régime procédural ; et lorsque le litige se combine avec un contentieux d'impayés ou de congé. Le coût de l'intervention se compare alors utilement à la somme réclamée.

Le bailleur peut-il tout garder en invoquant des dégradations ?

Non, pas sans justifier. L'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 autorise la déduction des sommes restant dues et de celles dont le bailleur pourrait être tenu à la place du locataire, mais « sous réserve qu'elles soient dûment justifiées ». Une retenue annoncée sans devis, sans facture et sans comparaison des deux états des lieux ne répond pas à cette exigence. L'usure normale liée à un usage paisible du logement n'est pas une dégradation et ne peut pas être facturée au locataire sortant. En immeuble collectif, la seule retenue que le texte autorise à titre d'attente est une provision « ne pouvant excéder 20 % du montant du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble » : le bailleur doit donc restituer au moins 80 % du dépôt dans le délai légal, puis solder dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes.

La caution et le dépôt de garantie, est-ce la même chose ?

Non, ce sont deux garanties de nature différente, que le langage courant confond. Le dépôt de garantie est une somme d'argent versée par le locataire au bailleur à la signature du bail, régie par l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989. La caution est une personne : l'article 2288 du code civil, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2022, définit le cautionnement comme « le contrat par lequel une caution s'oblige envers le créancier à payer la dette du débiteur en cas de défaillance de celui-ci ». Les deux peuvent parfaitement coexister dans un même dossier locatif, puisqu'elles ne garantissent pas de la même manière. Ce qui est interdit, en application de l'article 22-1 de la loi de 1989, c'est de demander un cautionnement lorsque le bailleur a déjà souscrit une assurance garantissant les obligations locatives, sauf logement loué à un étudiant ou à un apprenti. Pour réclamer une somme non restituée, c'est bien l'article 22 qu'il faut viser.

Le logement a été vendu après mon départ : à qui réclamer ?

Au nouveau propriétaire. Le dernier alinéa de l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 est explicite : « En cas de mutation à titre gratuit ou onéreux des locaux loués, la restitution du dépôt de garantie incombe au nouveau bailleur. Toute convention contraire n'a d'effet qu'entre les parties à la mutation. » Peu importe donc que le locataire n'ait jamais versé un euro à l'acquéreur, et peu importe ce que le vendeur et l'acquéreur ont convenu entre eux dans l'acte de vente : cette convention leur est opposable à eux, pas au locataire. En pratique, l'identité du nouveau propriétaire se retrouve par la demande de renseignements auprès du service de la publicité foncière ou, plus simplement, en interrogeant l'ancien bailleur ou le syndic de l'immeuble.

Faut-il payer un avocat ou des frais de justice pour récupérer sa caution ?

Les étapes les moins chères sont aussi les premières. La mise en demeure ne coûte que le prix d'un envoi recommandé. La saisine de la commission départementale de conciliation, prévue par l'article 20 de la loi du 6 juillet 1989, est gratuite, et la commission rend son avis dans un délai de deux mois. Le recours à un conciliateur de justice, qui satisfait à l'obligation de tentative amiable de l'article 750-1 du code de procédure civile, est également gratuit. Devant le juge des contentieux de la protection, l'avocat n'est pas obligatoire. La procédure de recouvrement des petites créances par commissaire de justice est en revanche à vos frais : l'article L. 125-1 du code des procédures civiles d'exécution précise que « les frais de toute nature qu'occasionne la procédure sont à la charge exclusive du créancier ». Les honoraires d'un avocat sont libres et se fixent dans une convention d'honoraires ; une assurance de protection juridique ou l'aide juridictionnelle peuvent les prendre en charge.

Avertissement : Le présent guide est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un avocat via Actav Suite. Contenu vérifié contre les sources officielles citées dans ce guide à la date de mise à jour indiquée en haut de page.
Modèle rédigé par avocat

Un bail clair évite le litige sur le dépôt de garantie

Modèle de bail d'habitation pour location vide, conforme à la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, avec les clauses de durée, de loyer, de dépôt de garantie, de charges, de congé et de solidarité entre colocataires.

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