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Préavis de grève : le guide complet 2026, par avocat
Mis à jour le 8 août 2026
Réponse rapide
Le préavis de grève est l'avertissement qu'une organisation syndicale représentative adresse à l'employeur avant un arrêt de travail concerté. Il n'est obligatoire que dans les services publics : l'article L. 2512-2 du Code du travail exige qu'il parvienne à l'autorité hiérarchique ou à la direction cinq jours francs avant le déclenchement de la grève, en précisant les motifs, le champ géographique, l'heure de début et la durée. Dans une entreprise privée ordinaire, aucun préavis n'est dû : la fiche officielle de service-public.fr indique que « un mouvement de grève peut être déclenché à tout moment ». Certains secteurs ajoutent une déclaration individuelle 48 heures à l'avance, notamment les transports terrestres réguliers de voyageurs et le transport aérien.
Le préavis de grève n'est pas une formalité universelle : il dépend de la nature de l'employeur, pas de la volonté des salariés ni du contenu d'un accord d'entreprise. Un salarié d'une usine de meubles peut cesser le travail à 8 heures pour une revendication née la veille. Un agent d'un réseau de bus doit attendre un préavis déposé par un syndicat, une négociation préalable et une déclaration individuelle.
Ce guide expose la règle applicable en 2026, texte par texte : qui doit déposer un préavis, ce qu'il doit contenir, comment se comptent les cinq jours francs, quels délais s'y ajoutent dans les transports, les écoles et l'aviation, et ce que la grève change pour le salaire et le contrat. Chaque affirmation renvoie à Légifrance ou à une fiche officielle de l'administration.
Préavis de grève : de quoi s'agit-il exactement ?
Le droit de grève est un droit de valeur constitutionnelle, mais un droit encadré. L'alinéa 7 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 pose une phrase courte et lourde de conséquences : « Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. » C'est cette réserve qui autorise le législateur à imposer un préavis, mais uniquement là où il l'a expressément prévu.
Le préavis est donc un acte juridique précis, et non une simple information de courtoisie. C'est une notification écrite, émanant d'une organisation syndicale représentative, qui ouvre un délai obligatoire de discussion avant l'arrêt de travail. Il ne demande aucune autorisation : l'employeur ne peut ni l'accepter ni le refuser. Il déclenche seulement une obligation réciproque de négocier.
Un mot, deux réalités très différentes
Le terme « préavis » désigne aussi, en droit du travail, le délai qui sépare la notification d'une démission ou d'un licenciement de la fin effective du contrat. Les deux notions n'ont rien en commun : l'une concerne un conflit collectif, l'autre la rupture d'un contrat individuel. Si votre question porte sur la seconde, le calculateur de délai de préavis d'Actav, gratuit et sans inscription, donne la durée applicable à une démission, à un licenciement ou à un congé de location.
À quoi sert le délai imposé par la loi ?
À deux choses, et le texte le dit lui-même. D'abord à permettre à l'employeur d'organiser la continuité du service, ce qui suppose de savoir quand, où et pour combien de temps le mouvement est annoncé. Ensuite à ouvrir une fenêtre de discussion : le dernier alinéa de l'article L. 2512-2 du Code du travail prévoit que « Pendant la durée du préavis, les parties intéressées sont tenues de négocier. » Un préavis déposé sans qu'aucune réunion ne soit proposée par la direction laisse celle-ci en situation de manquement à cette obligation.
Faut-il un préavis de grève dans le secteur privé ?
Non. La fiche officielle « Droit de grève » de service-public.fr, mise à jour le 3 février 2025, est explicite : « Dans le secteur privé, un mouvement de grève peut être déclenché à tout moment. Les salariés qui veulent utiliser leur droit de grève n'ont pas à respecter de préavis. » Aucun délai de prévenance, aucun formulaire, aucune démarche préalable auprès de l'inspection du travail.
Cette absence de préavis ne signifie pas absence de règles. La même fiche rappelle qu'un mouvement n'est une grève, et donc protégé, que s'il réunit trois éléments : « Arrêt total du travail », « Arrêt collectif du travail par l'ensemble des salariés grévistes » et « Connaissance par l'employeur de revendications professionnelles ». Elle ajoute deux précisions utiles. La première tient au moment : « L'employeur doit cependant connaître les revendications professionnelles des salariés au moment du déclenchement de la grève. » La seconde tient au nombre : « Pour être qualifié de grève, le mouvement doit être suivi par au moins 2 salariés », un salarié isolé pouvant néanmoins faire grève s'il répond à un appel national ou s'il est le seul salarié de l'entreprise.
Une convention collective peut-elle imposer un préavis aux salariés ?
Non, et la réponse est ancienne et constante. Dans un arrêt publié au bulletin, la chambre sociale de la Cour de cassation a jugé qu'« une convention collective ne peut avoir pour effet de limiter ou de réglementer pour les salariés l'exercice du droit de grève constitutionnellement reconnu et que seule la loi peut créer un délai de préavis de grève s'imposant à eux » (Cass. soc., 7 juin 1995, n° 93-46.448). Une clause de préavis figurant dans un accord de branche peut lier les organisations syndicales signataires entre elles, elle n'est pas opposable aux salariés qui cessent le travail.
L'exception qui piège les employeurs privés. Une entreprise privée chargée de la gestion d'un service public relève, elle, du préavis de cinq jours francs. Le 2° de l'article L. 2512-1 du Code du travail vise « les personnels des entreprises, des organismes et des établissements publics ou privés lorsque ces entreprises, organismes et établissements sont chargés de la gestion d'un service public ». Le statut juridique de la société ne décide de rien : c'est la mission qui décide.
Préavis de grève dans les services publics : la règle des cinq jours francs
Le chapitre applicable tient en cinq articles du Code du travail. Le premier délimite le terrain. Selon l'article L. 2512-1, ces dispositions s'appliquent « 1° Aux personnels de l'Etat, des régions, des départements et des communes comptant plus de 10 000 habitants » et « 2° Aux personnels des entreprises, des organismes et des établissements publics ou privés lorsque ces entreprises, organismes et établissements sont chargés de la gestion d'un service public ».
Le seuil de population n'est pas une approximation de rédaction. L'article L. 114-2 du Code général de la fonction publique le reprend en visant les agents « des collectivités territoriales autres que les communes comptant au plus 10 000 habitants ». Les agents d'une commune de 10 000 habitants ou moins ne sont donc pas soumis, à ce titre, au préavis de cinq jours francs.
| Employeur | Préavis obligatoire | Qui le dépose | Délai légal |
|---|---|---|---|
| Entreprise privée ordinaire | Non | Sans objet | Aucun : arrêt possible à tout moment |
| Entreprise privée gérant un service public | Oui | Organisation syndicale représentative | 5 jours francs |
| État, région, département | Oui | Organisation syndicale représentative | 5 jours francs |
| Commune de plus de 10 000 habitants | Oui | Organisation syndicale représentative | 5 jours francs |
| Commune de 10 000 habitants ou moins | Non, au titre du 1° de l'article L. 2512-1 | Sans objet | Aucun préavis légal à ce titre |
Le principe applicable aux agents publics est rappelé en une ligne par l'article L. 114-1 du Code général de la fonction publique : « Les agents publics exercent le droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent. » Trois catégories en sont privées par la loi. L'article L. 114-3 dispose que « Les fonctionnaires actifs de la police nationale et les fonctionnaires des services déconcentrés de l'administration pénitentiaire ne jouissent pas du droit de grève », et l'article L. 114-6 étend la privation aux fonctionnaires des corps des techniciens et des agents des systèmes d'information et de communication du ministère de l'intérieur.
Que doit contenir le préavis et qui peut le déposer ?
L'article L. 2512-2 du Code du travail règle les deux questions en cinq alinéas. Sur l'auteur d'abord : « Le préavis émane d'une organisation syndicale représentative au niveau national, dans la catégorie professionnelle ou dans l'entreprise, l'organisme ou le service intéressé. » Un collectif de salariés, une intersyndicale non représentative ou un agent isolé ne peuvent pas déposer valablement un préavis.
Sur le contenu ensuite, le texte impose quatre mentions et un destinataire. Il précise que le préavis « précise les motifs du recours à la grève », qu'il « doit parvenir cinq jours francs avant le déclenchement de la grève à l'autorité hiérarchique ou à la direction de l'établissement, de l'entreprise ou de l'organisme intéressé », et qu'« il mentionne le champ géographique et l'heure du début ainsi que la durée limitée ou non, de la grève envisagée ».
| Élément exigé par l'article L. 2512-2 | Ce que cela implique concrètement |
|---|---|
| Auteur du préavis | Une organisation syndicale représentative au niveau national, dans la catégorie professionnelle ou dans l'entreprise, l'organisme ou le service intéressé |
| Motifs du recours à la grève | Des revendications identifiables, énoncées dans le corps du préavis |
| Destinataire | L'autorité hiérarchique ou la direction de l'établissement, de l'entreprise ou de l'organisme intéressé |
| Délai de réception | Cinq jours francs avant le déclenchement de la grève |
| Champ géographique | Le périmètre couvert : un site, une direction régionale, l'ensemble du territoire |
| Heure de début | Une heure précise, pas une simple date |
| Durée | Limitée ou non, la loi admettant expressément le préavis à durée illimitée |
| Pendant le préavis | Les parties intéressées sont tenues de négocier |
Deux détails de rédaction méritent l'attention. Le premier : le Code du travail n'impose ni modèle ni formulaire officiel, seulement ces mentions. Le second : c'est la réception par la direction qui fait courir le délai, pas l'envoi. Un préavis expédié à temps mais parvenu trop tard ne remplit pas la condition légale, ce qui rend la preuve de la date de réception aussi importante que le contenu.
Déposer un préavis de grève dans un service public : les cinq étapes
La procédure se déroule dans cet ordre, chaque étape reposant sur un texte identifié.
- Vérifier que l'employeur relève du chapitre. L'article L. 2512-1 du Code du travail vise les personnels de l'État, des régions, des départements et des communes de plus de 10 000 habitants, ainsi que les personnels des entreprises, organismes et établissements publics ou privés chargés de la gestion d'un service public.
- Faire rédiger le préavis par une organisation représentative. Le préavis émane d'une organisation syndicale représentative au niveau national, dans la catégorie professionnelle ou dans l'entreprise, l'organisme ou le service intéressé.
- Porter les quatre mentions obligatoires. Le préavis précise les motifs du recours à la grève et mentionne le champ géographique, l'heure du début ainsi que la durée limitée ou non de la grève envisagée.
- Le faire parvenir cinq jours francs avant. Le préavis doit parvenir cinq jours francs avant le déclenchement de la grève à l'autorité hiérarchique ou à la direction de l'établissement, de l'entreprise ou de l'organisme intéressé. Un jour franc dure de 0h à 24h : ni le jour de réception ni le jour de déclenchement ne comptent.
- Négocier pendant la durée du préavis. Pendant la durée du préavis, les parties intéressées sont tenues de négocier. Dans les transports terrestres réguliers de voyageurs, une négociation préalable au dépôt du préavis, d'une durée maximale de huit jours francs, est en outre exigée par les articles L. 1324-2 et L. 1324-5 du Code des transports.
Comment compter cinq jours francs, concrètement ?
Un jour franc n'est ni un jour ouvré ni un jour ouvrable. La fiche officielle de service-public.fr sur le décompte des jours, mise à jour le 30 avril 2026, le définit ainsi : « Un jour franc dure de 0h à 24h. Un délai ainsi calculé ne tient pas compte du jour de la décision à l'origine du délai, ni du jour de l'échéance. » Autrement dit, le jour de réception du préavis ne compte pas, le jour de déclenchement de la grève non plus, et il faut cinq journées entières entre les deux.
Prenons un préavis reçu par la direction le mardi 1er septembre 2026, pour une grève annoncée à 5 heures le lundi 7 septembre 2026.
| Jour | Date | Décompte |
|---|---|---|
| Réception du préavis par la direction | Mardi 1er septembre 2026 | Ne compte pas |
| 1er jour franc | Mercredi 2 septembre 2026 | Compte |
| 2e jour franc | Jeudi 3 septembre 2026 | Compte |
| 3e jour franc | Vendredi 4 septembre 2026 | Compte |
| 4e jour franc | Samedi 5 septembre 2026 | Compte : les jours francs sont des jours calendaires |
| 5e jour franc | Dimanche 6 septembre 2026 | Compte |
| Déclenchement possible de la grève | Lundi 7 septembre 2026 | Ne compte pas |
Deux points appellent la prudence. D'une part, le samedi et le dimanche ne sont pas neutralisés : la même fiche officielle distingue le jour franc, qui se compte de 0 h à 24 h, du jour ouvrable, qui écarte le jour de repos hebdomadaire et les jours fériés habituellement non travaillés, et du jour ouvré, qui ne retient que les jours effectivement travaillés, généralement du lundi au vendredi. D'autre part, la fiche énonce une règle de report, « Si le délai s'achève un samedi ou un dimanche, il est reporté au lundi », qui vise l'échéance d'un délai de procédure : aucun texte propre au préavis de grève ne la transpose, et l'article L. 2512-2 se borne à exiger cinq jours francs entre la réception et le déclenchement. Un dépôt tardif ne se régularise pas après coup : c'est la date de réception par la direction qui est vérifiée.
Transports, écoles, aviation : les délais qui s'ajoutent au préavis
Dans plusieurs secteurs, le préavis de cinq jours francs n'est que la première couche. Le législateur y a ajouté une négociation préalable au dépôt, ou une déclaration individuelle des salariés, ou les deux.
Transports terrestres réguliers de voyageurs
C'est le régime le plus dense. L'article L. 1324-2 du Code des transports pose que « le dépôt d'un préavis de grève ne peut intervenir qu'après une négociation préalable entre l'employeur et la ou les organisations syndicales représentatives qui envisagent de déposer le préavis », et précise que ce mécanisme s'applique « sans préjudice des dispositions de l'article L. 2512-2 du code du travail ». Les deux délais se cumulent donc.
L'article L. 1324-5 du même code borne cette phase : le délai dans lequel l'employeur doit réunir les organisations syndicales « ne peut dépasser trois jours », et la durée de la négociation préalable « ne peut excéder huit jours francs à compter de cette notification ». Vient ensuite l'obligation individuelle posée par l'article L. 1324-7 : « En cas de grève, les salariés relevant des catégories d'agents mentionnées dans l'accord collectif ou le plan de prévisibilité prévus à l'article L. 1222-7 informent, au plus tard quarante-huit heures avant de participer à la grève, le chef d'entreprise ou la personne désignée par lui de leur intention d'y participer. » Ces déclarations « sont couvertes par le secret professionnel » et leur détournement est puni des peines de l'article 226-13 du Code pénal.
Transport aérien de voyageurs
Le mécanisme est proche mais autonome. L'article L. 1114-3 du Code des transports prévoit qu'« en cas de grève et pendant toute la durée du mouvement, les salariés dont l'absence est de nature à affecter directement la réalisation des vols informent, au plus tard quarante-huit heures avant de participer à la grève, le chef d'entreprise ou la personne désignée par lui de leur intention d'y participer ». Le salarié qui renonce à participer, ou qui décide de reprendre son service, en informe l'employeur au plus tard vingt-quatre heures avant.
Écoles maternelles et élémentaires publiques
Le service d'accueil des élèves repose sur une déclaration individuelle. L'article L. 133-4 du Code de l'éducation dispose : « Dans le cas où un préavis de grève a été déposé dans les conditions prévues par l'article L. 2512-2 du code du travail et en vue de la mise en place d'un service d'accueil, toute personne exerçant des fonctions d'enseignement dans une école maternelle ou élémentaire publique déclare à l'autorité administrative, au moins quarante-huit heures, comprenant au moins un jour ouvré, avant de participer à la grève, son intention d'y prendre part. »
Contrôle aérien et services publics locaux
Deux régimes issus du Code général de la fonction publique complètent le tableau. Pour la navigation aérienne, l'article L. 114-5-1, en vigueur depuis le 30 décembre 2023, impose à tout agent assurant des fonctions de contrôle, d'information de vol et d'alerte d'informer l'autorité administrative de son intention de faire grève au plus tard à midi l'avant-veille de chaque journée de grève, la renonciation devant intervenir avant 18 heures l'avant-veille. Pour les services publics locaux couverts par un accord de continuité au sens de l'article L. 114-7, comme la collecte des déchets, le transport public de personnes, l'accueil des enfants de moins de trois ans ou la restauration scolaire, l'article L. 114-9 impose aux agents territoriaux d'informer l'autorité territoriale au plus tard quarante-huit heures, comprenant au moins un jour ouvré, avant de participer à la grève.
| Secteur | Obligation qui s'ajoute au préavis | Délai | Texte |
|---|---|---|---|
| Transports terrestres réguliers de voyageurs | Négociation préalable avant le dépôt du préavis | Réunion sous 3 jours au plus, négociation de 8 jours francs au plus | Art. L. 1324-2 et L. 1324-5 C. transports |
| Transports terrestres réguliers de voyageurs | Déclaration individuelle d'intention du salarié | 48 heures avant la participation | Art. L. 1324-7 C. transports |
| Transport aérien de voyageurs | Déclaration individuelle des salariés affectant la réalisation des vols | 48 heures avant la participation | Art. L. 1114-3 C. transports |
| Navigation aérienne (agents publics) | Information de l'autorité administrative | Au plus tard à midi l'avant-veille | Art. L. 114-5-1 CGFP |
| Écoles maternelles et élémentaires publiques | Déclaration d'intention à l'autorité administrative | 48 heures, dont au moins un jour ouvré | Art. L. 133-4 C. éducation |
| Services publics locaux sous accord de continuité | Information de l'autorité territoriale | 48 heures, dont au moins un jour ouvré | Art. L. 114-9 CGFP |
Salaire, contrat, sanctions : ce que la grève change vraiment
Que le mouvement soit ou non précédé d'un préavis de grève, le contrat de travail n'est pas rompu, il est suspendu. L'article L. 2511-1 du Code du travail énonce que « L'exercice du droit de grève ne peut justifier la rupture du contrat de travail, sauf faute lourde imputable au salarié », que son exercice « ne peut donner lieu à aucune mesure discriminatoire […] notamment en matière de rémunérations et d'avantages sociaux », et que « Tout licenciement prononcé en absence de faute lourde est nul de plein droit ». La fiche service-public.fr précise le seuil de la faute lourde : « participation personnelle et active à des actes illégaux notamment ».
La retenue sur la rémunération
Dans le secteur privé, la règle est proportionnelle. La fiche officielle indique que « L'employeur retient sur la paie du salarié une part du salaire et de ses éventuels accessoires » et que « La retenue sur la rémunération doit être proportionnelle à la durée de l'arrêt de travail ». Une heure de grève ne peut donc pas coûter une journée de salaire.
Dans la fonction publique, la réponse dépend du versant. La fiche « Droit de grève dans la fonction publique », mise à jour le 3 mars 2026, fait état d'une retenue égale à un trentième de la rémunération par jour de grève pour la fonction publique de l'État, et d'une retenue proportionnelle à la durée d'absence pour les versants territorial et hospitalier. Cette différence a une origine législative précise : l'article 89 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 a abrogé les articles 1er, 2, 5 et 6 de la loi n° 82-889 du 19 octobre 1982 et rétabli l'article 4 de la loi de finances rectificative pour 1961 ainsi que la loi n° 77-826 du 22 juillet 1977, textes qui fondent la règle dite du trentième indivisible pour l'État.
Les sanctions propres au service public
L'article L. 2512-4 du Code du travail prévoit que l'inobservation du chapitre « entraîne l'application des sanctions prévues par les statuts ou par les règles concernant les personnels intéressés ». Il pose aussi trois garanties : la sanction suppose que l'intéressé ait pu présenter ses observations et accéder à son dossier, la révocation et la rétrogradation suivent la procédure disciplinaire normale, et « Lorsque la révocation est prononcée à ce titre, elle ne peut l'être avec perte des droits à la retraite ».
Les erreurs qui rendent le mouvement irrégulier
La plupart des contentieux naissent de la même cause : une règle appliquée hors de son terrain. Voici les six confusions les plus coûteuses, chacune rattachée à son texte.
- Compter les cinq jours en jours ouvrés. Les jours francs se comptent de 0 h à 24 h, week-end compris. Un décompte en jours ouvrés allonge inutilement le délai, ou le raccourcit si l'on croit à tort neutraliser un samedi.
- Faire déposer le préavis par le mauvais auteur. L'article L. 2512-2 réserve le dépôt à une organisation syndicale représentative au niveau national, dans la catégorie professionnelle ou dans l'entreprise, l'organisme ou le service intéressé.
- Omettre une mention obligatoire. Motifs, champ géographique, heure de début et durée : les quatre sont exigées par le texte. Une date sans heure ne suffit pas.
- Organiser une grève par roulement dans un service public. L'article L. 2512-3 du Code du travail impose que l'heure de cessation et celle de reprise du travail ne soient pas différentes selon les catégories de personnel, et interdit « les arrêts de travail affectant par échelonnement successif ou par roulement concerté les divers secteurs ou catégories professionnelles d'un même établissement ou service […] ».
- Appliquer un préavis conventionnel dans le privé. Seule la loi peut créer un délai de préavis de grève opposable aux salariés, selon l'arrêt du 7 juin 1995 cité plus haut.
- Oublier la déclaration individuelle dans les secteurs concernés. Dans les transports terrestres, l'article L. 1324-8 du Code des transports rend passible d'une sanction disciplinaire le salarié qui n'a pas informé son employeur ; l'article L. 114-10 du Code général de la fonction publique prévoit la même conséquence pour l'agent territorial.
Côté employeur, l'oubli le plus fréquent est symétrique. Le préavis ouvre une obligation de négocier qui pèse sur les deux parties. Une direction qui reçoit un préavis régulier et ne propose aucune réunion pendant les cinq jours ne respecte pas le dernier alinéa de l'article L. 2512-2.
Que dit la loi en 2026 : ce qui a changé, ce qui n'a pas changé
Le socle n'a pas bougé. L'article L. 2512-2 du Code du travail est en vigueur dans sa rédaction actuelle depuis le 1er mai 2008, et les cinq jours francs sont inchangés. L'article L. 2511-1, qui protège le contrat de travail, l'est également.
Le seul ajout récent concerne la navigation aérienne : l'article L. 114-5-1 du Code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 30 décembre 2023, impose aux agents de contrôle, d'information de vol et d'alerte une information de l'autorité administrative au plus tard à midi l'avant-veille de chaque journée de grève.
Une réforme est en discussion, mais elle n'est pas entrée en vigueur. La proposition de loi visant à concilier la continuité du service public de transports avec l'exercice du droit de grève a été adoptée par le Sénat le 9 avril 2024, puis son texte de commission a été adopté à l'Assemblée nationale le 14 janvier 2026. Le dossier législatif de l'Assemblée nationale, consulté le 7 août 2026, ne fait état d'aucune adoption définitive en séance publique. Les règles décrites dans ce guide restent donc celles applicables.
Mis à jour le 8 août 2026. Les textes cités ont été vérifiés dans leur version en vigueur sur Légifrance, et les règles pratiques sur les fiches officielles de service-public.fr consacrées au droit de grève dans le secteur privé, au droit de grève dans la fonction publique et au décompte des jours francs. Ce guide est un contenu d'information : il ne constitue pas une consultation juridique adaptée à une situation particulière.
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FAQ : préavis de grève
Cinq jours francs dans les services publics, aucun délai dans le privé ordinaire. L'article L. 2512-2 du Code du travail exige que le préavis parvienne à l'autorité hiérarchique ou à la direction cinq jours francs avant le déclenchement. S'y ajoutent, selon le secteur, une négociation préalable de huit jours francs au plus dans les transports terrestres réguliers de voyageurs (article L. 1324-5 du Code des transports), une déclaration individuelle 48 heures à l'avance dans ces mêmes transports et dans le transport aérien, 48 heures dont au moins un jour ouvré pour les enseignants des écoles publiques et les agents territoriaux concernés, et une information avant midi l'avant-veille pour les contrôleurs aériens.
Quatre étapes, dans cet ordre. Une organisation syndicale représentative rédige le préavis en y portant les motifs, le champ géographique, l'heure de début et la durée. Dans les transports terrestres réguliers de voyageurs, elle notifie d'abord ses motifs à l'employeur et conduit la négociation préalable, l'employeur devant réunir les organisations dans un délai qui « ne peut dépasser trois jours ». Le préavis est ensuite adressé à l'autorité hiérarchique ou à la direction, de façon à lui parvenir cinq jours francs avant le déclenchement. Pendant ce délai, « les parties intéressées sont tenues de négocier ».
Le préavis écrit, sa preuve de réception, et selon le secteur la déclaration individuelle. Le Code du travail n'impose ni modèle ni formulaire officiel : il fixe seulement les mentions obligatoires de l'article L. 2512-2. Comme le délai court à compter de la réception par la direction, conservez un justificatif de la date à laquelle le document lui est parvenu. Dans les transports terrestres, l'accord collectif ou le plan de prévisibilité prévu à l'article L. 1222-7 du Code des transports identifie les catégories d'agents tenus de se déclarer, et le relevé de conclusions de la négociation préalable est prévu par l'article L. 1324-5.
Se tromper de terrain, de compteur ou d'auteur. Les erreurs les plus fréquentes sont d'appliquer un préavis conventionnel à des salariés du privé, alors que « seule la loi peut créer un délai de préavis de grève s'imposant à eux » (Cass. soc., 7 juin 1995, n° 93-46.448) ; de compter les cinq jours francs en jours ouvrés ; d'omettre l'heure de début ou la durée ; de faire déposer le préavis par une structure non représentative ; d'organiser dans un service public des arrêts par roulement, interdits par l'article L. 2512-3 ; et d'oublier la déclaration individuelle, qui expose à une sanction disciplinaire (article L. 1324-8 du Code des transports, article L. 114-10 du Code général de la fonction publique).
Rien de nouveau sur le délai de cinq jours francs. L'article L. 2512-2 du Code du travail est en vigueur dans sa rédaction actuelle depuis le 1er mai 2008. La seule évolution récente vise la navigation aérienne, avec l'article L. 114-5-1 du Code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 30 décembre 2023. La proposition de loi visant à concilier la continuité du service public de transports avec l'exercice du droit de grève, adoptée par le Sénat le 9 avril 2024 et dont le texte de commission a été adopté à l'Assemblée nationale le 14 janvier 2026, n'a pas fait l'objet d'une adoption définitive en séance publique selon le dossier législatif de l'Assemblée nationale, consulté le 7 août 2026.
Dès qu'une qualification est en jeu. Trois situations le justifient : déterminer si un employeur privé est « chargé de la gestion d'un service public » au sens de l'article L. 2512-1, ce qui bascule tout le régime ; contester ou défendre une sanction fondée sur une prétendue irrégularité du mouvement, l'article L. 2511-1 frappant de nullité tout licenciement prononcé en l'absence de faute lourde ; articuler le préavis avec un accord-cadre de branche dans les transports. Sur Actav, l'accompagnement par un avocat inscrit au Barreau est proposé pour la création d'entreprise : le diagnostic LancIA est gratuit, le déblocage du dossier coûte 99 € HT et les honoraires de l'avocat démarrent à 89 € HT.
Il n'a pas à respecter de préavis, mais l'employeur doit connaître les revendications. La fiche officielle de service-public.fr indique que, dans le secteur privé, « un mouvement de grève peut être déclenché à tout moment » et que les salariés « n'ont pas à respecter de préavis ». Elle ajoute cependant que « L'employeur doit cependant connaître les revendications professionnelles des salariés au moment du déclenchement de la grève ». Ces revendications peuvent donc être présentées le jour même, mais elles doivent exister et être professionnelles.
Deux, avec deux exceptions. Selon service-public.fr, « Pour être qualifié de grève, le mouvement doit être suivi par au moins 2 salariés ». Un salarié seul peut néanmoins faire grève s'il répond à un mot d'ordre national ou s'il est l'unique salarié de l'entreprise. Ce seuil concerne la qualification du mouvement, pas le préavis : dans un service public, c'est l'organisation syndicale représentative qui dépose le préavis, quel que soit ensuite le nombre de participants.
Non, le préavis ouvre une possibilité, il ne crée aucune obligation individuelle. Aucune adhésion syndicale n'est requise pour participer à un mouvement couvert par un préavis, et aucun texte n'impose à un agent de cesser le travail. Dans les secteurs à déclaration individuelle, le salarié qui a annoncé son intention de faire grève peut y renoncer : l'article L. 1324-7 du Code des transports lui demande d'en informer son employeur au plus tard vingt-quatre heures avant l'heure prévue, et la même règle vaut pour la reprise du service.
Oui, la loi l'admet expressément. L'article L. 2512-2 du Code du travail impose que le préavis mentionne « la durée limitée ou non, de la grève envisagée ». Un préavis dit reconductible est donc licite dès lors que cette durée illimitée est annoncée. Dans les transports terrestres réguliers de voyageurs, l'article L. 1324-6 du Code des transports encadre en revanche la succession des préavis : « un nouveau préavis ne peut être déposé par la ou les mêmes organisations et pour les mêmes motifs qu'à l'issue du délai du préavis en cours et avant que la procédure prévue à la présente section n'ait été mise en œuvre ». Les deux conditions sont cumulatives : il faut attendre l'expiration du préavis en cours et conduire à nouveau la négociation préalable.
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