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Guide · Droit du travail · 2026

Licenciement pendant arrêt maladie : le guide complet 2026, par avocat

Licenciement pendant arrêt maladie : ce qui est interdit, les motifs autorisés, le préavis, les indemnités et le chômage. Textes et jurisprudence 2026.

Me Manel Sghari, avocat au Barreau de ParisDirection de la publication : Me Manel SghariAvocat au Barreau de Paris · Mis à jour le 9 août 2026 · 13 min · Sources officielles citées
En bref

Licenciement pendant arrêt maladie : la règle tient en deux temps. L'arrêt de travail suspend le contrat, il ne le met pas à l'abri, et aucun texte n'interdit de notifier une rupture à un salarié absent. En revanche, l'employeur ne peut jamais s'appuyer sur la santé du salarié : un licenciement pour maladie est une discrimination, il est nul, et l'indemnité ne peut alors être inférieure aux salaires des six derniers mois. Les motifs admis sont la désorganisation causée par une absence prolongée qui oblige à un remplacement définitif en CDI, la faute, les difficultés économiques, l'inaptitude et toute autre cause réelle et sérieuse étrangère à l'état de santé. Après la rupture, rester en arrêt maladie après licenciement ne fait perdre ni les indemnités journalières, qui continuent tant que l'arrêt est médicalement justifié, ni l'allocation chômage, qui est seulement décalée puisqu'elle ne se cumule pas avec ces indemnités.

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licenciement pendant arrêt maladie : motifs autorisés, préavis et indemnités — Actav
L'ESSENTIEL

Recevoir une convocation à entretien préalable alors qu'on est cloué au lit paraît illégal. Ça ne l'est pas. Le Code du travail ne connaît pas de bouclier « arrêt de travail » : il connaît une interdiction de discriminer selon l'état de santé, ce qui n'est pas la même chose. Toute la difficulté du licenciement pendant arrêt maladie tient dans cet écart, et c'est là que se jouent les contentieux.

Ce guide suit l'ordre des questions qui se posent réellement : ce que la loi autorise et ce qu'elle interdit, les cinq motifs recevables, la nullité du licenciement fondé sur la maladie, le cas des absences de longue durée, la faute, le motif économique, la protection particulière après un accident du travail, le burn-out, la procédure, le préavis, les sommes dues, ce qui se passe quand l'arrêt continue après la rupture, et enfin la contestation. Chaque règle citée renvoie au texte en vigueur sur Légifrance, à la fiche officielle de l'administration ou à l'arrêt de la Cour de cassation qui la fonde.

CE QUE DIT LA LOI

Licenciement pendant arrêt maladie : que dit exactement la loi ?

La fiche officielle « Licenciement d'un salarié en arrêt maladie dans le secteur privé », dont la dernière vérification officielle date du 20 octobre 2025, ouvre sur une phrase sans détour : « Un salarié ne peut pas être licencié parce qu'il est malade. C'est une discrimination liée à l'état de santé. » Il faut lire cette phrase mot à mot. Ce qui est protégé, c'est la santé comme motif, pas l'absence comme situation.

Deux textes construisent ce cadre, et ils fonctionnent ensemble.

L'état de santé est un motif interdit. L'article L. 1132-1 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, pose qu'« aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte [...] en raison de son état de santé, de sa perte d'autonomie ou de son handicap ». La liste des motifs prohibés est limitative, et l'état de santé y figure au même rang que l'origine, le sexe ou les convictions religieuses.
La sanction est la nullité, pas une simple indemnité. L'article L. 1132-4 du Code du travail tient en une ligne : « Toute disposition ou tout acte pris à l'égard d'un salarié en méconnaissance des dispositions du présent chapitre [...] est nul. » Un licenciement discriminatoire n'est donc pas seulement contestable, il est réputé n'avoir jamais produit d'effet.

À l'inverse, aucun article du Code du travail ne suspend le pouvoir de licencier pendant un arrêt de travail ordinaire. Le contrat est suspendu, ce qui signifie que le salarié cesse de fournir sa prestation et l'employeur cesse de verser le salaire : la relation contractuelle, elle, subsiste et peut être rompue. La fiche officielle énumère d'ailleurs cinq situations dans lesquelles la rupture reste possible, que nous détaillons dans la section suivante.

Licenciement pendant arrêt maladie : retenez la distinction, tout en découle. Licencier pendant un arrêt maladie est licite dès lors que le motif est étranger à la santé. Licencier à cause de la maladie est nul. La lettre de licenciement est la pièce qui tranche. Le second alinéa de l'article L. 1235-2 du Code du travail le dit sans détour : « La lettre de licenciement, précisée le cas échéant par l'employeur, fixe les limites du litige en ce qui concerne les motifs de licenciement. » Un motif qui repose sur l'état de santé du salarié suffit donc à emporter la nullité.
LES MOTIFS AUTORISÉS

Quels motifs autorisent un licenciement pendant un arrêt maladie ?

Licenciement pendant arrêt maladie : la fiche officielle recense cinq motifs recevables. Aucun ne parle de maladie, chacun désigne une cause qui existerait de la même façon si le salarié était à son poste.

Motif recevableCe que l'employeur doit établirTexte ou source
Absence prolongée ou absences répétées perturbant le fonctionnement de l'entrepriseLa désorganisation, et l'obligation de remplacer définitivement le salarié par une embauche en CDIFiche service-public.gouv.fr F133 ; Cass. soc., 24 mars 2021, n° 19-13.188
Faute simple, grave ou lourdeDes faits fautifs étrangers à l'état de santé, invoqués dans les deux mois de leur connaissanceArt. L. 1332-4 C. trav.
Difficultés économiques ou fermeture définitiveUne suppression ou transformation d'emploi, ou une modification refusée d'un élément essentiel du contratArt. L. 1233-3 C. trav.
Inaptitude constatée par le médecin du travailUn avis d'inaptitude, puis une recherche de reclassement ou une dispense expresse motivée par écritArt. L. 1226-2 et L. 1226-2-1 C. trav.
Autre cause réelle et sérieuse étrangère à la santéDes éléments objectifs et vérifiables imputables au salarié, avec une incidence sur l'entrepriseArt. L. 1232-1 C. trav.

L'article L. 1232-1 du Code du travail reste la clé de voûte : « Tout licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions définies par le présent chapitre. Il est justifié par une cause réelle et sérieuse. » La fiche officielle cite, au titre de ces autres causes, l'insuffisance professionnelle, la mésentente et la perte de confiance, à condition qu'elles reposent sur des éléments objectifs et vérifiables.

Une sixième hypothèse est trop souvent oubliée, et elle joue au bénéfice du salarié. La fiche officielle précise qu'une convention collective ou un accord d'entreprise peut « prévoir une garantie d'emploi interdisant le licenciement pour un motif lié à la maladie (pendant 3, 6 ou 12 mois par exemple) ». Le premier réflexe, avant toute discussion juridique, consiste donc à ouvrir la convention collective dont relève l'entreprise et à chercher cette clause.

LICENCIEMENT POUR MALADIE

Licenciement pour maladie : pourquoi il est nul et ce qu'il coûte

Un licenciement pour maladie, c'est-à-dire fondé sur l'état de santé lui-même, tombe sous le coup de l'article L. 1132-1 et se voit frappé de la nullité de l'article L. 1132-4. Les conséquences financières n'ont rien à voir avec celles d'un licenciement simplement injustifié.

Le barème plafonné est écarté. L'article L. 1235-3-1 du Code du travail, en vigueur depuis le 1er avril 2018, énonce que « l'article L. 1235-3 n'est pas applicable lorsque le juge constate que le licenciement est entaché d'une des nullités prévues au deuxième alinéa du présent article ». Le licenciement discriminatoire figure expressément dans cette énumération.
Un plancher de six mois s'applique. Le même article prévoit que, lorsque le salarié ne demande pas la poursuite de son contrat ou que sa réintégration est impossible, « le juge lui octroie une indemnité, à la charge de l'employeur, qui ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois ». Cette indemnité se cumule avec l'indemnité de licenciement légale, conventionnelle ou contractuelle.
La réintégration redevient possible. La nullité ouvre au salarié le droit de demander la poursuite de l'exécution de son contrat de travail, ce que le barème de droit commun n'autorise pas.
L'employeur rembourse les allocations chômage. L'article L. 1235-4 du Code du travail vise notamment les cas de l'article L. 1132-4 et impose au juge d'ordonner « le remboursement par l'employeur fautif aux organismes intéressés de tout ou partie des indemnités de chômage versées au salarié licencié », le même texte plafonnant ce remboursement à six mois d'indemnités par salarié.

Comment prouve-t-on qu'un licenciement est fondé sur la maladie ?

Le salarié n'a pas à démontrer l'intention discriminatoire, ce qui serait presque impossible. L'article L. 1134-1 du Code du travail organise un partage de la preuve en deux temps : le salarié « présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination directe ou indirecte », puis « au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ». Le juge « forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles ».

Concrètement, les éléments de fait sont souvent la chronologie et l'écrit : une convocation envoyée quelques jours après la transmission d'un arrêt, une lettre qui évoque « vos absences répétées » sans autre grief, un courriel interne qui s'inquiète du coût des arrêts. La charge bascule alors sur l'employeur, qui doit produire la trace objective de son motif réel.

Le délai pour agir n'est pas non plus le même. L'article L. 1134-5 du Code du travail dispose que « l'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination », que « ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel » et que « les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée ». C'est cinq ans, quand la contestation ordinaire d'une rupture se prescrit par douze mois.

ARRÊT DE LONGUE DURÉE

Licenciement après arrêt maladie longue durée : la règle des deux conditions

C'est le motif le plus fréquent et le plus mal compris. Un arrêt qui dure finit par peser sur l'organisation, et le droit l'admet. Mais il ne l'admet qu'à deux conditions, et elles sont cumulatives. La page officielle consacrée aux absences perturbant le fonctionnement de l'entreprise les formule ainsi : une « absence prolongée ou absences répétées du salarié entraînent une désorganisation », et une « obligation pour l'employeur de remplacer le salarié définitivement par une embauche en CDI ».

La Cour de cassation a précisé ce que « définitivement » veut dire. Dans un arrêt publié au bulletin du 24 mars 2021 (pourvoi n° 19-13.188), elle rappelle que l'article L. 1132-1 n'interdit pas un licenciement fondé sur la perturbation objective du fonctionnement de l'entreprise causée par l'absence prolongée du salarié, et non sur son état de santé. Elle ajoute que le remplacement définitif doit intervenir « à une date proche du licenciement ou dans un délai raisonnable après celui-ci », ce délai relevant de l'appréciation souveraine des juges du fond au regard des spécificités de l'emploi et des efforts de recrutement engagés. Dans cette affaire, six mois avaient été jugés raisonnables pour un poste de directeur.

Licenciement pendant arrêt maladie : les quatre points de rupture en contentieux

Quatre conséquences pratiques découlent de cette double condition, et chacune est un terrain de discussion classique devant le juge.

La durée seule ne suffit jamais. Un arrêt de dix-huit mois qui ne désorganise rien, parce que le poste a été absorbé sans difficulté par l'équipe, ne fonde aucun licenciement.
Le remplacement doit être un CDI. Un contrat à durée déterminée, une mission d'intérim ou une redistribution des tâches en interne ne caractérisent pas le remplacement définitif exigé.
Le calendrier compte. Un recrutement lancé un an après la rupture fragilise le motif ; un recrutement engagé avant ou peu après le conforte.
La désorganisation vise l'entreprise, pas le seul service. C'est le fonctionnement de l'entreprise qui doit être atteint, ce qui rend le motif plus difficile à établir dans une grande structure que dans une TPE où le salarié absent occupe une fonction unique.

Exemple d'illustration. Dans un cabinet de six personnes, l'unique comptable est en arrêt depuis huit mois, les déclarations sont en retard et l'expert-comptable extérieur facture des interventions d'urgence. Le gérant recrute un comptable en CDI et notifie le licenciement le mois suivant. Les deux conditions sont réunies. Dans une société de trois cents salariés où le poste a été réparti entre deux collègues sans recrutement, la même absence de huit mois ne justifie rien.

FAUTE GRAVE PENDANT L'ARRÊT

Licenciement pour faute grave pendant arrêt maladie : dans quels cas ?

La suspension du contrat n'efface pas toutes les obligations du salarié, et elle n'efface surtout pas le passé. La page officielle consacrée au motif disciplinaire recense les situations dans lesquelles une faute peut être retenue alors que le salarié est en arrêt.

Le manquement aux obligations qui subsistent. La fiche vise le salarié qui envoie son arrêt de travail « tardivement malgré les mises en demeure ».
Les actes déloyaux. Elle cite les « insultes, injures et menaces » adressées à l'employeur ou aux collègues pendant la suspension.
Les actes de concurrence. Travailler pour un concurrent ou détourner la clientèle pendant l'arrêt cause un préjudice à l'employeur et reste fautif.
Le refus de restituer le matériel. La fiche vise le « refus de restituer des éléments nécessaires à la poursuite de l'activité », par exemple l'ordinateur, le téléphone ou les clés.
Les faits antérieurs à l'arrêt. Une faute commise avant l'arrêt, ou une procédure disciplinaire déjà engagée, reste sanctionnable.

Le calendrier reste impératif. La même page rappelle que « l'employeur a un délai de 2 mois pour engager des poursuites » et que « ce délai débute à la date où l'employeur a eu connaissance des faits reprochés ». C'est la règle de l'article L. 1332-4 du Code du travail : « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales. » Un arrêt maladie qui se prolonge ne gèle pas cette prescription.

Licenciement pendant arrêt maladie : une absence justifiée n'est jamais une faute

Une confusion mérite d'être levée. L'absence couverte par un certificat médical régulièrement transmis n'est pas une absence injustifiée, et elle ne peut pas être qualifiée de faute. Ce qui est fautif, c'est le manquement autour de l'arrêt : la transmission tardive répétée malgré mise en demeure, la déloyauté, la concurrence. Et lorsque le salarié est en arrêt à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, la faute grave devient l'un des deux seuls motifs de rupture admis, comme nous le voyons plus bas.

LICENCIEMENT ÉCONOMIQUE

Un licenciement économique pendant arrêt maladie est-il possible ?

Oui, et c'est logique. La page officielle sur les difficultés économiques l'écrit simplement : « Lorsque l'entreprise a des difficultés économiques (ou si elle ferme définitivement), l'employeur peut licencier un salarié malade. » Le motif économique est par définition étranger à la personne du salarié, donc étranger à sa santé.

L'article L. 1233-3 du Code du travail le définit comme « le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail ». Le salarié en arrêt entre donc dans le champ ordinaire de la procédure économique, sans traitement de faveur ni pénalité.

Deux garde-fous subsistent, et ils sont sérieux.

L'arrêt ne peut pas servir de critère de choix. Retenir un salarié dans la liste parce qu'il est absent, plutôt qu'au regard des critères d'ordre des licenciements, ramène le dossier sur le terrain de la discrimination liée à l'état de santé et donc de la nullité.
Après un accident du travail, le motif économique ne suffit pas à lui seul. Pendant la suspension pour accident du travail ou maladie professionnelle, l'employeur doit démontrer une impossibilité de maintenir le contrat, ce qui est plus exigeant que l'existence de difficultés économiques.
ACCIDENT DU TRAVAIL

Arrêt maladie et licenciement : la protection renforcée après un accident du travail

Tout change lorsque l'arrêt trouve sa cause dans un accident du travail ou une maladie professionnelle. Le régime n'est plus celui du droit commun du licenciement, c'est un régime de protection.

L'article L. 1226-7 du Code du travail pose le principe : « Le contrat de travail du salarié victime d'un accident du travail, autre qu'un accident de trajet, ou d'une maladie professionnelle est suspendu pendant la durée de l'arrêt de travail provoqué par l'accident ou la maladie. » Il ajoute que « la durée des périodes de suspension est prise en compte pour la détermination de tous les avantages légaux ou conventionnels liés à l'ancienneté dans l'entreprise ».

L'article L. 1226-9 du Code du travail verrouille ensuite la rupture, en une phrase qu'il faut lire lentement : « Au cours des périodes de suspension du contrat de travail, l'employeur ne peut rompre ce dernier que s'il justifie soit d'une faute grave de l'intéressé, soit de son impossibilité de maintenir ce contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie. » Deux portes, pas trois. Ni la désorganisation, ni l'insuffisance professionnelle, ni la simple existence de difficultés économiques n'y suffisent : il faut une faute grave, ou une impossibilité démontrée.

La sanction est à la hauteur. L'article L. 1226-13 du Code du travail énonce que « toute rupture du contrat de travail prononcée en méconnaissance des dispositions des articles L. 1226-9 et L. 1226-18 est nulle ». La fiche officielle le résume pour le grand public : le salarié en accident du travail ou en maladie professionnelle « peut être licencié uniquement pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat de travail ».

Point de comparaisonMaladie ou accident non professionnelsAccident du travail ou maladie professionnelle
Motifs de rupture admis pendant la suspensionTout motif étranger à l'état de santé : désorganisation, faute, motif économique, inaptitude, autre cause réelle et sérieuseFaute grave, ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie
Texte applicableArt. L. 1132-1 et L. 1232-1 C. trav.Art. L. 1226-9 C. trav.
Sanction du non-respectNullité si le motif est l'état de santé (art. L. 1132-4)Nullité de plein droit (art. L. 1226-13)
Préavis en cours au moment de l'arrêtNon interrompu, le contrat s'achève à la date initialement prévueSuspendu et reporté, prolongé d'une durée équivalente à l'arrêt
Congés payés acquis pendant l'arrêt2 jours ouvrables par mois, dans la limite de 24 jours par période de référence (art. L. 3141-5-1)Période assimilée à du travail effectif, acquisition au taux plein (art. L. 3141-5)
Indemnité de licenciement en cas d'inaptitudeIndemnité légale ou conventionnelle simpleIndemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale, plus une indemnité compensatrice de préavis (art. L. 1226-14)

Le doublement prévu par l'article L. 1226-14 du Code du travail ne joue que pour l'inaptitude d'origine professionnelle. Le texte prévoit « une indemnité compensatrice d'un montant égal à celui de l'indemnité compensatrice de préavis » et « une indemnité spéciale de licenciement qui, sauf dispositions conventionnelles plus favorables, est égale au double de l'indemnité prévue par l'article L. 1234-9 ». Qualifier l'origine de l'arrêt est donc la toute première chose à faire, avant d'annoncer le moindre montant.

LE CAS DU BURN-OUT

Un arrêt maladie pour burn-out protège-t-il du licenciement ?

Pas par lui-même, et la raison est technique. Le syndrome d'épuisement professionnel ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles. Tant qu'il n'a pas été reconnu individuellement, l'arrêt reste un arrêt pour maladie non professionnelle : c'est le régime de droit commun qui s'applique, avec ses cinq motifs recevables, et non la protection renforcée de l'article L. 1226-9.

La reconnaissance reste possible, mais elle passe par une porte étroite. L'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale prévoit que « peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime », la caisse primaire statuant après avis motivé d'un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Encore faut-il atteindre le seuil d'incapacité fixé par le pouvoir réglementaire : l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale, en vigueur depuis le 1er décembre 2019, est laconique : « Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. »

Deux leviers restent ouverts au salarié épuisé, et ils ne dépendent pas de cette reconnaissance.

La nullité pour harcèlement moral. Si le burn-out s'inscrit dans une situation de harcèlement, le licenciement prononcé dans ce contexte relève du 2° de l'article L. 1235-3-1, qui écarte le barème et ouvre le plancher de six mois de salaire ainsi que la réintégration.
La discrimination liée à l'état de santé. Elle joue quelle que soit l'origine de l'arrêt : si le motif réel du licenciement est l'épuisement du salarié ou la durée de son absence sans désorganisation démontrée, l'article L. 1132-1 s'applique et le partage de la preuve de l'article L. 1134-1 avec lui.

En pratique, engager une demande de reconnaissance en maladie professionnelle pendant l'arrêt change donc le rapport de force pour la suite, puisqu'une reconnaissance obtenue fait basculer la situation dans le régime protecteur des articles L. 1226-7 et suivants.

PROCÉDURE ET ENTRETIEN

Licenciement pendant arrêt maladie : quelle procédure l'employeur doit-il suivre ?

Exactement la même que pour un salarié présent. Aucun texte n'allège la procédure au motif que le salarié est absent, et aucun ne la suspend. La fiche officielle le confirme : l'employeur doit respecter la procédure de licenciement pour motif personnel, avec convocation, entretien préalable et notification, et « la lettre de licenciement doit être argumentée ».

1
Convoquer à l'entretien préalable.L'article L. 1232-2 du Code du travail impose une convocation « par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge » indiquant l'objet, et pose que « l'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation ». L'article R. 1232-1 ajoute que la lettre « précise la date, l'heure et le lieu de cet entretien ».
2
Tenir l'entretien.Selon l'article L. 1232-3, « au cours de l'entretien préalable, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié ». L'article L. 1232-4 permet au salarié de se faire assister « par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise » et, en l'absence d'institutions représentatives, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste administrative.
3
Notifier par lettre recommandée.L'article L. 1232-6 du Code du travail impose que la lettre « comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués par l'employeur » et qu'elle « ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après la date prévue de l'entretien préalable ». En matière disciplinaire, l'article L. 1332-2 ajoute une borne haute : la sanction « ne peut intervenir moins de deux jours ouvrables, ni plus d'un mois après le jour fixé pour l'entretien ».
4
Remettre les documents de fin de contrat.Certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à France Travail, sur lesquels nous revenons plus bas.

Arrêt maladie et licenciement : faut-il se rendre à l'entretien préalable ?

Aucun texte n'impose au salarié de s'y rendre. L'article L. 1232-2 met l'obligation à la charge de l'employeur, qui doit convoquer, et non à la charge du salarié, qui devrait comparaître. Deux points méritent pourtant d'être connus. D'abord, l'absence du salarié ne suspend aucun délai : l'article L. 1232-6 fait courir les deux jours ouvrables à compter de « la date prévue de l'entretien préalable », que celui-ci se soit tenu ou non. Ensuite, l'entretien est le seul moment où l'employeur doit énoncer les motifs envisagés et recueillir les explications du salarié, ce qui en fait un point de recueil de preuve utile lorsqu'une discrimination est suspectée. Se faire assister par un membre du personnel ou par un conseiller du salarié permet de faire consigner ce qui a été dit.

PRÉAVIS ET INDEMNITÉ

Licenciement pendant arrêt maladie et préavis : qui paie quoi ?

C'est le point qui coûte le plus cher aux salariés, et le plus contre-intuitif. La règle est posée par la fiche officielle en une phrase : « Si le salarié licencié ne peut pas faire son préavis parce qu'il est malade, l'indemnité compensatrice de préavis ne lui est pas due. » L'inexécution vient de la maladie, pas d'une décision de l'employeur : rien n'est donc versé à ce titre.

L'exception est simple à repérer. L'article L. 1234-5 du Code du travail dispose que « lorsque le salarié n'exécute pas le préavis, il a droit, sauf s'il a commis une faute grave, à une indemnité compensatrice ». La dispense décidée par l'employeur est payée ; l'empêchement médical, non. La question à poser est donc toujours la même : la lettre dispense-t-elle expressément le salarié d'exécuter son préavis, ou se borne-t-elle à constater son absence ?

La durée du préavis, elle, ne change pas. L'article L. 1234-1 du Code du travail l'ouvre « lorsque le licenciement n'est pas motivé par une faute grave » et le fixe à un mois entre six mois et moins de deux ans d'ancienneté, puis à deux mois à partir de deux ans, sous réserve de dispositions conventionnelles plus favorables. L'article L. 1234-4 précise en outre que « l'inexécution du préavis de licenciement n'a pas pour conséquence d'avancer la date à laquelle le contrat prend fin » : l'ancienneté continue donc de courir jusqu'au terme théorique du préavis.

Le sort du préavis dépend enfin de l'origine de l'arrêt, et la fiche « Arrêt maladie d'un salarié pendant le préavis : quelles conséquences ? », vérifiée le 24 octobre 2025, tranche nettement : « L'arrêt de travail pour maladie non professionnelle n'interrompt pas votre préavis » et « le contrat s'achève à la date initialement prévue ». À l'inverse, « l'arrêt de travail pour cause d'accident de travail ou maladie professionnelle peut interrompre votre préavis. Celui-ci est suspendu et reporté », et « votre préavis est prolongé d'une durée équivalente à celle de l'arrêt de travail ». La même fiche précise que, pendant cette période, « vous percevez alors les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale et, si vous y avez droit, l'indemnité complémentaire de l'employeur ».

SituationLe préavis est-il exécuté ?Indemnité compensatrice de préavisDate de fin du contrat
Arrêt pour maladie non professionnelle, aucune dispenseNon, empêchement médicalNon dueTerme normal du préavis
Arrêt pour maladie non professionnelle, dispense expresse de l'employeurNonDue (art. L. 1234-5)Terme normal du préavis
Arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle survenu pendant le préavisSuspendu puis reprisSans objet, le préavis est reportéReportée d'une durée équivalente à l'arrêt
Licenciement pour inaptitude d'origine professionnelleNonIndemnité compensatrice due (art. L. 1226-14)Date de notification
Licenciement pour faute graveNonNon due (art. L. 1234-1)Date de notification
LES INDEMNITÉS DUES

Licenciement pendant arrêt maladie : quelles indemnités restent dues ?

La fiche officielle liste les sommes dues à l'issue du contrat : l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement et l'indemnité compensatrice de congés payés, l'indemnité compensatrice de préavis n'étant due que dans les cas vus plus haut. Le tableau ci-dessous reprend ce solde de tout compte texte par texte.

SommeDue après un licenciement pendant l'arrêt ?Texte applicable
SalaireNon pour les périodes suspendues, remplacées par les indemnités journalières et, le cas échéant, le complément employeurSuspension du contrat
Indemnité légale de licenciementOui, à partir de 8 mois d'ancienneté et sauf faute graveArt. L. 1234-9 et R. 1234-2 C. trav.
Indemnité compensatrice de congés payésOui, y compris sur les congés acquis pendant l'arrêtArt. L. 3141-28 et L. 3141-5-1 C. trav.
Indemnité compensatrice de préavisSeulement si l'employeur dispense expressément le salariéArt. L. 1234-5 C. trav.
Indemnité spéciale doubléeUniquement en cas d'inaptitude d'origine professionnelleArt. L. 1226-14 C. trav.
Indemnité conventionnelle plus favorableSelon la convention collective applicableConvention ou accord collectif

Comment se calcule l'indemnité légale de licenciement ?

L'article L. 1234-9 du Code du travail ouvre le droit au salarié en contrat à durée indéterminée « licencié alors qu'il compte 8 mois d'ancienneté ininterrompus au service du même employeur », sauf faute grave. L'article R. 1234-2 fixe le plancher : « un quart de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années jusqu'à dix ans » et « un tiers de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années à partir de dix ans ». Le salaire de référence est, selon l'article R. 1234-4, la formule la plus avantageuse entre la moyenne mensuelle des douze derniers mois et le tiers des trois derniers mois.

Exemple illustratif. Un salarié comptant huit ans d'ancienneté, avec un salaire de référence de 2 200 €, perçoit 550 € par année, soit 4 400 €. Le point de vigilance est ici propre à l'arrêt maladie : si les douze derniers mois comprennent des périodes indemnisées à 50 %, la moyenne s'effondre et l'indemnité avec elle. La règle officielle neutralise cet effet. La fiche « Indemnité de licenciement du salarié en CDI », vérifiée le 5 juin 2026, précise que « lorsque le salarié a été en arrêt de travail pour maladie ou en temps partiel thérapeutique au cours des derniers mois, le salaire de référence à prendre en compte est celui des 12 ou des 3 derniers mois précédant l'arrêt ou le temps partiel thérapeutique ». C'est la ligne à vérifier en premier sur le solde de tout compte.

Les congés payés continuent de s'acquérir pendant l'arrêt

C'est l'apport de la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024. L'article L. 3141-5-1 du Code du travail prévoit que la durée du congé acquis au titre d'un arrêt pour maladie non professionnelle « est de deux jours ouvrables par mois, dans la limite d'une attribution, à ce titre, de vingt-quatre jours ouvrables par période de référence ». Ces jours entrent dans l'indemnité compensatrice de congés payés, puisque l'article L. 3141-28 du Code du travail impose de verser cette indemnité « que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l'employeur ». Un arrêt de six mois ouvre ainsi douze jours ouvrables supplémentaires à indemniser, à ne pas oublier de vérifier sur le reçu pour solde de tout compte.

Ces montants sont des planchers légaux, calculés à titre d'exemple. La convention collective, le contrat de travail ou un usage peuvent prévoir mieux, et le salaire de référence dépend des primes réellement versées. Vérifiez toujours la convention collective dont relève l'entreprise avant de retenir un chiffre.
APRÈS LE LICENCIEMENT

Rester en arrêt maladie après licenciement : que deviennent vos revenus ?

La rupture du contrat n'interrompt pas l'arrêt de travail, et elle n'interrompt pas non plus les indemnités journalières. L'article L. 161-8 du code de la sécurité sociale prévoit que les personnes « qui cessent de remplir les conditions d'activité requises pour l'affiliation à l'assurance maladie, maternité, invalidité, décès d'un régime dont elles relevaient jusqu'alors bénéficient du maintien de leur droit aux prestations en espèces pour ces risques pendant une durée déterminée par décret ». L'article R. 161-3 du même code fixe cette durée : « La durée prévue par l'article L. 161-8 pendant laquelle le droit aux prestations en espèces est maintenu est fixée à douze mois. »

Les montants ne changent pas non plus. La fiche officielle sur les indemnités journalières, dont la dernière vérification date du 1er juin 2026, retient 50 % du salaire journalier de base, dans la limite de 42,97 € bruts par jour, le salaire pris en compte étant plafonné à 1,4 fois le SMIC, soit 2 613,82 € par mois en 2026. Un délai de carence de trois jours s'applique au début de l'arrêt, et l'assurance maladie verse au maximum douze mois d'indemnités journalières par période de trois ans consécutifs, cette durée étant portée à trois ans en cas d'affection de longue durée.

Licenciement pendant arrêt maladie : l'ARE et les indemnités journalières ne se cumulent pas

L'allocation chômage et les indemnités journalières ne se versent jamais en même temps. La fiche de l'Unédic consacrée à l'arrêt maladie est explicite : « En cas d'arrêt maladie, le versement de vos allocations chômage cesse », « vous percevez des indemnités journalières versées par l'Assurance maladie » et « la période où vous ne percevez pas votre allocation chômage est reportée et vient prolonger votre période d'indemnisation ». Rien n'est perdu, tout est décalé.

Un point pratique en découle, et il surprend souvent. Toujours selon l'Unédic, « l'aptitude physique à l'emploi est une condition obligatoire pour s'inscrire comme demandeur d'emploi et percevoir des allocations », de sorte qu'il faut « attendre la fin de votre arrêt maladie pour entamer les démarches ». La page France Travail consacrée à l'arrêt maladie en cours d'indemnisation confirme que « le versement de votre allocation ARE est interrompu ». Elle distingue ensuite deux cas selon la durée de l'arrêt : jusqu'à quinze jours, l'inscription comme demandeur d'emploi est maintenue ; au-delà de quinze jours, vous n'êtes « plus considéré comme demandeur d'emploi » et « à la fin de votre arrêt maladie, vous devrez vous réinscrire à France Travail dans les 5 jours calendaires ».

Reste la complémentaire santé. L'article L. 911-8 du code de la sécurité sociale organise le maintien « à titre gratuit » des garanties santé et prévoyance « en cas de cessation du contrat de travail, non consécutive à une faute lourde, ouvrant droit à prise en charge par le régime d'assurance chômage ». La durée est celle du dernier contrat de travail, « sans pouvoir excéder douze mois ». Seule la faute lourde exclut ce dispositif : la faute grave le conserve.

CONTESTER LA RUPTURE

Contester un licenciement pendant arrêt maladie : délais et montants

Deux prescriptions coexistent, et confondre les deux fait perdre le dossier. L'article L. 1471-1 du Code du travail pose que « toute action portant sur la rupture du contrat de travail se prescrit par douze mois à compter de la notification de la rupture », mais son troisième alinéa exclut de ce délai « les actions exercées en application des articles L. 1132-1, L. 1152-1 et L. 1153-1 ». L'action fondée sur une discrimination liée à l'état de santé relève donc de la prescription de cinq ans de l'article L. 1134-5, à compter de la révélation de la discrimination.

Licenciement pendant arrêt maladie : cinq réflexes après la notification

1
Relever la date de notification.Elle déclenche le délai de douze mois pour contester la rupture et celui de quinze jours ouvert par l'article R. 1232-13 du Code du travail pour demander « à l'employeur des précisions sur les motifs énoncés dans la lettre de licenciement », par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé.
2
Lire la lettre motif par motif.Toute mention de l'état de santé, des « absences répétées » sans démonstration de la désorganisation, ou de la « gêne » causée par l'arrêt, constitue un élément de fait au sens de l'article L. 1134-1.
3
Vérifier le remplacement.Si le motif est la désorganisation, demandez la preuve d'une embauche en CDI proche de la rupture. Un CDD, un intérim ou une réorganisation interne ne remplissent pas la condition posée par la Cour de cassation le 24 mars 2021.
4
Contrôler le solde de tout compte.L'indemnité compensatrice de congés payés doit intégrer les jours acquis pendant l'arrêt, et l'indemnité de licenciement doit reposer sur le salaire de référence le plus favorable.
5
Saisir le conseil de prud'hommes.Douze mois pour la rupture, cinq ans si la discrimination est invoquée. Passé le délai applicable, l'action est éteinte.

Les montants dépendent ensuite de la qualification retenue. Si le licenciement est seulement jugé sans cause réelle et sérieuse, l'article L. 1235-3 du Code du travail fixe une indemnité comprise entre un minimum et un maximum exprimés en mois de salaire brut, selon l'ancienneté en années complètes et l'effectif de l'entreprise, un barème réduit s'appliquant aux entreprises employant habituellement moins de onze salariés. L'administration met à disposition un simulateur officiel des indemnités en cas de licenciement abusif qui restitue les deux bornes pour une situation donnée. Si la nullité est retenue, ce barème est écarté et le plancher de six mois de salaire de l'article L. 1235-3-1 s'applique, avec en outre le remboursement des allocations chômage par l'employeur prévu à l'article L. 1235-4.

FAQ

Arrêt de longue durée et inaptitude consécutive : les cas particuliers

Ce qui change quand l’arrêt se prolonge, et ce qui se passe lorsque le médecin du travail conclut à une inaptitude à l’issue de l’arrêt.

Licenciement pour arrêt maladie : pourquoi la maladie ne peut jamais être le motif

Le texte qui l'interdit n'est pas dans le chapitre du licenciement, il est en ouverture du Code du travail, avec les discriminations. L'article L. 1132-1 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, énonce qu'« aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte » notamment « en raison de son état de santé, de sa perte d'autonomie ou de son handicap ».

La conséquence est prévue par l'article L. 1132-4, en trois mots qui suffisent : « Toute disposition ou tout acte pris à l'égard d'un salarié en méconnaissance des dispositions du présent chapitre [...] est nul. » Un licenciement fondé sur la santé n'est donc pas seulement injustifié, il est anéanti.

Reste à savoir où passe exactement la frontière, car une absence longue produit bien des effets concrets sur une organisation. La Cour de cassation l'a tracée dans un attendu de principe devenu la référence, rendu le 24 mars 2021 (chambre sociale, pourvoi n° 19-13.188, publié au bulletin) : « L'article L. 1132-1 du code du travail, qui fait interdiction de licencier un salarié notamment en raison de son état de santé ou de son handicap, ne s'oppose pas au licenciement motivé, non par l'état de santé du salarié, mais par la situation objective de l'entreprise dont le fonctionnement est perturbé par l'absence prolongée ou les absences répétées du salarié. »

Autrement dit, ce n'est pas la maladie qui est jugée, c'est la situation objective de l'entreprise. Et cette situation, l'employeur doit la démontrer, pas l'affirmer.

Licenciement pour arrêt maladie abusif : nul ou sans cause réelle et sérieuse ?

Les deux qualifications existent, elles n'ouvrent pas les mêmes droits, et les confondre coûte cher. Le licenciement nul est celui qui repose sur un motif interdit, la discrimination liée à l'état de santé au premier chef, ou qui viole la protection de l'article L. 1226-9. Le licenciement sans cause réelle et sérieuse est celui dont le motif est licite dans son principe mais insuffisamment établi, par exemple une désorganisation invoquée sans preuve de remplacement définitif.

Ce que demande le salariéLicenciement nulLicenciement sans cause réelle et sérieuse
Fondement typique en arrêt maladieMotif tiré de l'état de santé (art. L. 1132-1 et L. 1132-4) ou rupture pendant un arrêt pour accident du travail hors des cas de l'art. L. 1226-9Désorganisation ou remplacement définitif non démontrés, motif imprécis
Réintégration dans l'entreprisePossible, à la demande du salariéLe juge peut la proposer, chaque partie peut la refuser (art. L. 1235-3)
Indemnité si la réintégration n'a pas lieuAu moins six mois de salaire (art. L. 1235-3-1)Barème plafonné selon l'ancienneté et l'effectif (art. L. 1235-3)
Indemnité légale de licenciement et congés payésDues en plusDues en plus
Délai pour agir5 ans si l'action est fondée sur la discrimination (art. L. 1134-5) ; 12 mois si la nullité repose sur l'art. L. 1226-13, l'art. L. 1471-1 n'écartant le délai de rupture que pour les actions fondées sur les art. L. 1132-1, L. 1152-1 et L. 1153-112 mois à compter de la notification (art. L. 1471-1)

L'article L. 1235-3-1 du Code du travail écarte expressément le barème lorsque la nullité est constatée, et fixe le plancher : le juge octroie une indemnité « qui ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois ». Les nullités visées comprennent la violation d'une liberté fondamentale, le harcèlement moral ou sexuel, la discrimination dans les conditions des articles L. 1132-4 et L. 1134-4, et la méconnaissance de l'article L. 1226-13. Pour un licenciement seulement privé de cause réelle et sérieuse, l'administration met à disposition un simulateur officiel des indemnités en cas de licenciement abusif qui restitue le minimum et le maximum applicables à une situation donnée.

Le coût réel pour l'entreprise dépasse la seule indemnité. L'article L. 1235-4 du Code du travail prévoit que, dans les cas visés notamment aux articles L. 1132-4 et L. 1235-3, « le juge ordonne le remboursement par l'employeur fautif aux organismes intéressés de tout ou partie des indemnités de chômage versées au salarié licencié, du jour de son licenciement au jour du jugement prononcé, dans la limite de six mois d'indemnités de chômage par salarié intéressé ». Ce remboursement s'ajoute donc à l'indemnité versée au salarié, dans cette limite de six mois.

QUATRE SITUATIONS À DISTINGUER

Maladie, accident du travail, inaptitude : quatre situations à ne pas confondre

Le mot « maladie » recouvre quatre régimes juridiques différents, et l'indemnité varie du simple au double selon celui qui s'applique. Avant toute discussion sur le fond, il faut placer le dossier dans la bonne case.

SituationTexte de référenceCe que l'employeur peut faireIndemnité de licenciement
Arrêt en cours, maladie ou accident non professionnelArt. L. 1132-1 et L. 1132-4 C. trav.Aucun licenciement fondé sur la santé ; rupture possible pour une cause étrangère, prouvéeIndemnité légale ou conventionnelle (art. L. 1234-9)
Arrêt en cours, accident du travail ou maladie professionnelleArt. L. 1226-9 et L. 1226-13 C. trav.Rupture possible uniquement pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger, sinon nulleIndemnité légale ou conventionnelle
Inaptitude d'origine non professionnelle, constatée après la repriseArt. L. 1226-2 et L. 1226-2-1 C. trav.Licenciement possible après recherche de reclassement, ou dispense expresse du médecin du travail, motifs notifiés par écritIndemnité légale ou conventionnelle
Inaptitude d'origine professionnelleArt. L. 1226-10 et L. 1226-14 C. trav.Licenciement possible après reclassement dans les mêmes conditions renforcéesIndemnité spéciale « égale au double de l'indemnité prévue par l'article L. 1234-9 », plus une indemnité compensatrice égale au préavis

Un exemple chiffre l'écart. Pour un salarié comptant huit ans d'ancienneté et 2 400 € de salaire de référence, l'indemnité légale se calcule selon l'article R. 1234-2 du Code du travail, qui fixe « un quart de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années jusqu'à dix ans » : 600 € par année, soit 4 800 €. Si l'inaptitude est d'origine professionnelle, l'article L. 1226-14 double ce montant, soit 9 600 €, et y ajoute une indemnité compensatrice d'un montant égal à l'indemnité compensatrice de préavis. Qualifier l'origine de l'arrêt n'est donc pas une formalité administrative.

LES CINQ MOTIFS POSSIBLES

Licenciement d'un salarié en arrêt maladie : les cinq motifs qui restent possibles

La fiche officielle en recense cinq, et ils partagent tous la même caractéristique : aucun ne repose sur la santé.

Les absences qui perturbent le fonctionnement de l'entreprise. Deux conditions cumulatives, détaillées juste après, encadrent strictement ce motif.
Les difficultés économiques. Le motif est extérieur à la personne du salarié : sa maladie n'entre pas dans l'équation.
La faute. Selon la fiche officielle, « un salarié peut être licencié durant son arrêt maladie s'il a commis une faute », par exemple un manquement à ses obligations, un acte déloyal ou une activité concurrente.
L'inaptitude physique. Elle ne peut être constatée que par le médecin du travail, après la reprise, et n'a donc rien à voir avec un licenciement prononcé pendant l'arrêt.
Toute autre cause réelle et sérieuse ayant une incidence sur le fonctionnement de l'entreprise, au sens de l'article L. 1232-1 du Code du travail : « Tout licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions définies par le présent chapitre. Il est justifié par une cause réelle et sérieuse. »

Absence prolongée ou absences répétées : les deux conditions cumulatives

C'est le motif le plus fréquent et le plus contesté. La page officielle consacrée aux absences perturbant le fonctionnement de l'entreprise exige la réunion de deux éléments : « Absence prolongée ou absences répétées du salarié entraînent une désorganisation » et « Obligation pour l'employeur de remplacer le salarié définitivement par une embauche en CDI ». Manque l'un des deux, et le licenciement tombe.

La Cour de cassation ajoute une exigence de calendrier. Dans l'arrêt du 24 mars 2021 déjà cité, elle précise que le salarié « ne peut toutefois être licencié que si les perturbations entraînent la nécessité pour l'employeur de procéder à son remplacement définitif par l'engagement d'un autre salarié, lequel doit intervenir à une date proche du licenciement ou dans un délai raisonnable après celui-ci, délai que les juges du fond apprécient souverainement en tenant compte des spécificités de l'entreprise et de l'emploi concerné, ainsi que des démarches faites par l'employeur en vue d'un recrutement ». Un remplacement resté à l'état d'intention, ou survenu un an plus tard, ne vaut rien.

Le périmètre de la désorganisation compte tout autant. Commentant le 30 septembre 2022 un arrêt de la chambre sociale, l'administration résume la règle : le licenciement pour absence prolongée ou absences répétées « peut être motivé seulement lorsque cela perturbe le fonctionnement global de l'entreprise », la désorganisation du seul service auquel appartenait le salarié ayant été jugée insuffisante en l'espèce (Cass. soc., 6 juillet 2022, n° 21-10.261). Dans une entreprise de taille moyenne, l'argument du service en tension ne suffit donc pas.

Trois obstacles supplémentaires méritent d'être vérifiés avant toute démarche.

L'origine des absences. La page officielle précise que l'absence prolongée ou les absences répétées ne doivent pas être liées à un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité, par exemple des absences liées à un harcèlement moral ou à une surcharge de travail. Dans ce cas, l'employeur ne peut pas se prévaloir d'une situation qu'il a lui-même créée.
La garantie d'emploi conventionnelle. Toujours selon la même page, une convention ou un accord collectif peut prévoir une garantie d'emploi qui interdit ce licenciement pendant une durée déterminée, trois, six ou douze mois par exemple. Le premier réflexe consiste donc à ouvrir la convention collective applicable.
La nature du remplacement. La condition posée est celle d'une « embauche en CDI ». Un contrat à durée déterminée de remplacement ou une mission d'intérim répondent à l'urgence, ils ne caractérisent pas le remplacement définitif exigé.
PROCÉDURE ET DÉLAIS

Licencier un salarié en arrêt maladie : quelle procédure et quels délais ?

Aucune procédure spéciale n'existe. La fiche officielle renvoie à la « procédure de licenciement pour motif personnel (convocation, entretien préalable et notification) », celle-là même qui s'applique hors arrêt de travail. Ce qui change, c'est le contenu de la lettre.

1
Convoquer à un entretien préalable.L'article L. 1232-2 du Code du travail impose une convocation écrite et fixe un délai plancher de cinq jours ouvrables entre la présentation de la lettre et l'entretien.
2
Tenir l'entretien.Le salarié peut s'y faire assister. L'employeur y expose le motif envisagé et recueille les explications.
3
Notifier par lettre recommandée.L'article L. 1232-6 prévoit que la lettre « comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués par l'employeur » et « ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après la date prévue de l'entretien préalable ».
4
Motiver deux fois.Sur ce point, l'exigence est propre au sujet. La page officielle demande à l'employeur de préciser dans la lettre les éléments qui justifient la perturbation du fonctionnement de l'entreprise, et d'indiquer et d'établir la nécessité de remplacer définitivement le salarié absent par un contrat à durée indéterminée. Une lettre qui se contente d'évoquer « des absences répétées » ne remplit pas cette condition.
5
Remettre les documents de fin de contrat, certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à France Travail.
ÉtapeDélai applicableTexte
Entre la présentation de la convocation et l'entretien5 jours ouvrables minimumArt. L. 1232-2 C. trav.
Entre l'entretien et l'envoi de la lettre2 jours ouvrables minimumArt. L. 1232-6 C. trav.
Motif disciplinaire : engagement des poursuites2 mois maximum à compter de la connaissance des faitsArt. L. 1332-4 C. trav.
Remplacement définitif en CDIDate proche du licenciement ou délai raisonnable aprèsCass. soc., 24 mars 2021, n° 19-13.188
Contestation devant le conseil de prud'hommes12 mois à compter de la notificationArt. L. 1471-1 C. trav.
Action fondée sur une discrimination5 ans à compter de la révélation de la discriminationArt. L. 1134-5 C. trav.

Le détail des délais de chaque étape, jours ouvrables compris, est repris sur notre page procédure de licenciement et délais.

Un mot sur le licenciement disciplinaire prononcé pendant l'arrêt. Il reste soumis à l'article L. 1332-4 du Code du travail : « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales ». Un employeur qui découvre une faute commise avant l'arrêt ne gagne donc aucun délai supplémentaire du fait de l'absence du salarié.

PRÉAVIS, INDEMNITÉS

Le salaire de référence se calcule avant l'arrêt, pas pendant

C'est le point qui fait gagner le plus d'argent, et il est presque toujours ignoré. Pendant l'arrêt, la rémunération versée par l'employeur chute ou disparaît, remplacée par les indemnités journalières. Prendre les douze derniers mois bruts tels quels revient à diviser l'indemnité de licenciement.

La Cour de cassation a fixé la règle le 23 mai 2017 (chambre sociale, pourvoi n° 15-22.223, publié au bulletin) : « Le salaire de référence à prendre en considération pour le calcul de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement est, selon la formule la plus avantageuse pour le salarié, celui des douze ou des trois derniers mois précédant l'arrêt de travail pour maladie. »

Exemple chiffré, à titre d'illustration. Un salarié compte huit ans d'ancienneté et percevait 2 400 € bruts par mois avant son arrêt. Pendant les douze derniers mois, la moyenne effectivement versée tombe à 1 200 €. Calculée sur la période d'arrêt, l'indemnité légale s'élèverait à 2 400 €, soit un quart de 1 200 € multiplié par huit années. Calculée sur les douze mois précédant l'arrêt, comme l'exige la Cour de cassation, elle atteint 4 800 €. L'écart est de 2 400 €, pour un dossier ordinaire. Le calcul, avec vos propres chiffres, se fait sur notre simulateur de calcul de l'indemnité de licenciement.

Ces montants sont des planchers légaux, calculés à titre d'exemple. La convention collective, le contrat de travail ou un usage peuvent prévoir mieux, et le salaire de référence dépend des primes réellement versées avant l'arrêt. Vérifiez toujours la convention collective dont relève l'entreprise avant de retenir un chiffre.
MOTIF ÉCONOMIQUE

Licenciement économique et arrêt maladie : que peut faire une entreprise en difficulté ?

Elle peut licencier, y compris un salarié en arrêt, parce que le motif ne le vise pas personnellement. L'article L. 1233-3 du Code du travail définit le licenciement économique comme « le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail ». La formule « non inhérents à la personne du salarié » est précisément ce qui rend l'arrêt maladie indifférent.

La page officielle consacrée à ce cas confirme que l'employeur peut licencier un salarié en arrêt maladie pour motif économique lorsque l'entreprise rencontre des difficultés financières ou ferme définitivement, en respectant la procédure de licenciement économique. Le salarié conserve son indemnité de licenciement et son indemnité compensatrice de congés payés.

Motif économique pendant un arrêt maladie : les trois points contrôlés par le juge

Le contrôle porte sur la sincérité du motif, jamais sur la santé du salarié. Trois vérifications reviennent systématiquement.

La réalité de la cause économique. Elle doit correspondre à l'un des cas de l'article L. 1233-3, difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ou cessation d'activité, et se traduire par une suppression ou une transformation d'emploi, ou par le refus d'une modification d'un élément essentiel du contrat.
L'obligation de reclassement. L'article L. 1233-4 du Code du travail pose que le licenciement « ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe ». Le texte ajoute que « les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ». Être en arrêt ne dispense pas l'employeur de les adresser.
Les critères d'ordre des licenciements. En cas de licenciement collectif et en l'absence d'accord applicable, l'article L. 1233-5 impose de prendre en compte « les charges de famille, en particulier celles des parents isolés », « l'ancienneté de service dans l'établissement ou l'entreprise », la situation des salariés dont la réinsertion est particulièrement difficile et « les qualités professionnelles appréciées par catégorie ». L'absence pour maladie ne figure pas dans cette liste : la retenir comme critère de sélection ferait basculer le dossier sur le terrain de la discrimination.
Le motif économique ne lève pas la protection des accidents du travail. Pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, l'article L. 1226-9 n'admet que la faute grave ou l'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident. Une cessation totale d'activité peut caractériser cette impossibilité, une simple réorganisation beaucoup plus difficilement.
APRÈS L'ARRÊT ET INAPTITUDE

Licenciement après un arrêt maladie : visite de reprise, inaptitude et retour au poste

La fin de l'arrêt n'est pas la fin de la suspension. Dans plusieurs cas, c'est la visite médicale de reprise qui y met un terme, et elle conditionne la suite. L'article R. 4624-31 du Code du travail énumère les situations : « Le travailleur bénéficie d'un examen de reprise du travail par le médecin du travail : 1° Après un congé de maternité ; 2° Après une absence pour cause de maladie professionnelle ; 3° Après une absence d'au moins trente jours pour cause d'accident du travail ; 4° Après une absence d'au moins soixante jours pour cause de maladie ou d'accident non professionnel. » L'examen est organisé le jour de la reprise effective, « et au plus tard dans un délai de huit jours qui suivent cette reprise ».

Un second rendez-vous, facultatif celui-là, existe pendant l'arrêt. L'article L. 1226-1-3 du Code du travail, en vigueur depuis le 31 mars 2022, organise un rendez-vous de liaison entre le salarié et l'employeur, associant le service de prévention et de santé au travail, dont le seuil de déclenchement est fixé par l'article D. 1226-8-1 : « La durée d'arrêt de travail à partir de laquelle l'organisation d'un rendez-vous de liaison est possible est de trente jours. » Le texte ajoute une garantie utile : « Aucune conséquence ne peut être tirée du refus par le salarié de se rendre à ce rendez-vous. » Ce rendez-vous n'est ni un entretien préalable ni une visite médicale.

Si le médecin du travail conclut à l'inaptitude, le dossier change de régime. L'article L. 1226-2 du Code du travail impose d'abord une recherche de reclassement : l'employeur « lui propose un autre emploi approprié à ses capacités ». Lorsque c'est impossible, l'article L. 1226-2-1 exige qu'il « fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement ». Le temps joue alors contre l'entreprise : selon l'article L. 1226-4, « lorsque, à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la date de l'examen médical de reprise du travail, le salarié déclaré inapte n'est pas reclassé dans l'entreprise ou s'il n'est pas licencié, l'employeur lui verse, dès l'expiration de ce délai, le salaire correspondant à l'emploi que celui-ci occupait avant la suspension de son contrat de travail ».

L'avis du médecin du travail se conteste, et vite. L'article L. 4624-7 du Code du travail ouvre au salarié comme à l'employeur la saisine du conseil de prud'hommes selon la procédure accélérée au fond, la décision se substituant à l'avis contesté. Le délai est de quinze jours à compter de la notification de l'avis, en application de l'article R. 4624-45.

Congés payés acquis pendant l'arrêt : ce qui reste dû

Depuis la loi du 22 avril 2024, l'arrêt maladie non professionnel génère des congés payés. L'article L. 3141-5-1 du Code du travail fixe le taux : « la durée du congé auquel le salarié a droit au titre des périodes mentionnées au 7° de l'article L. 3141-5 est de deux jours ouvrables par mois, dans la limite d'une attribution, à ce titre, de vingt-quatre jours ouvrables par période de référence ». Un arrêt non professionnel de six mois ouvre donc douze jours ouvrables, contre quinze jours pour une période travaillée équivalente.

Ces jours ne se perdent pas. L'article L. 3141-19-1 ouvre « une période de report de quinze mois » au salarié empêché de prendre ses congés pour cause de maladie, et l'article L. 3141-19-3 oblige l'employeur à informer le salarié « dans le mois qui suit la reprise du travail » du nombre de jours dont il dispose et de la date limite pour les prendre. Tant que cette information n'a pas été délivrée, le délai de report ne commence pas à courir. Et si le contrat est rompu avant, l'article L. 3141-28 impose le versement d'une indemnité compensatrice, « que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l'employeur ».

CONTESTER LE LICENCIEMENT

FAQ : vos questions sur le licenciement pendant arrêt maladie

Licenciement pendant arrêt maladie : quels sont les délais à connaître ?

Six délais structurent le dossier. Deux mois à compter de la connaissance des faits pour engager des poursuites disciplinaires (art. L. 1332-4). Cinq jours ouvrables minimum entre la présentation de la convocation et l'entretien préalable (art. L. 1232-2). Deux jours ouvrables minimum entre l'entretien et l'envoi de la lettre, et un mois maximum en matière disciplinaire (art. L. 1232-6 et L. 1332-2). Quinze jours après la notification pour demander des précisions sur les motifs. Douze mois pour contester la rupture devant le conseil de prud'hommes (art. L. 1471-1), mais cinq ans à compter de la révélation lorsque la discrimination liée à l'état de santé est invoquée (art. L. 1134-5). Côté indemnisation, le maintien du droit aux indemnités journalières après la fin du contrat dure douze mois (art. L. 161-8 et R. 161-3 du code de la sécurité sociale).

Licenciement pendant arrêt maladie : quelles démarches faut-il accomplir ?

Côté employeur, quatre étapes ; côté salarié, cinq réflexes. L'employeur convoque à un entretien préalable par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge en respectant cinq jours ouvrables, tient l'entretien en énonçant les motifs envisagés et en recueillant les explications, notifie par lettre recommandée avec avis de réception au moins deux jours ouvrables après, puis remet les documents de fin de contrat. Le salarié relève la date de notification, lit la lettre motif par motif, demande la preuve du remplacement définitif en CDI si la désorganisation est invoquée, contrôle le solde de tout compte, et attend la fin de son arrêt pour s'inscrire à France Travail, l'aptitude physique étant une condition d'inscription selon l'Unédic.

Quels documents faut-il préparer ?

Les documents de fin de contrat, plus les pièces propres à l'arrêt. L'employeur délivre le certificat de travail (art. L. 1234-19), le reçu pour solde de tout compte, qui « peut être dénoncé dans les six mois qui suivent sa signature » selon l'article L. 1234-20, et l'attestation permettant d'exercer les droits à l'assurance chômage. Pour le dossier, réunissez tous les avis d'arrêt de travail et leurs accusés de transmission, les décomptes d'indemnités journalières, la lettre de convocation, la lettre de licenciement et les éventuelles précisions de motifs, le contrat de travail, la convention collective applicable (pour y chercher une clause de garantie d'emploi), les bulletins de paie des douze derniers mois et, si l'arrêt fait suite à un accident du travail, la déclaration d'accident et la décision de la caisse primaire.

Quelles erreurs faut-il éviter ?

Les plus coûteuses tiennent au motif écrit et au calendrier. Côté employeur : mentionner l'état de santé ou les « absences répétées » dans la lettre sans démontrer la désorganisation, remplacer par un CDD ou un intérim alors que la jurisprudence exige une embauche en CDI, licencier pendant une suspension pour accident du travail sans faute grave ni impossibilité de maintenir le contrat, ignorer une clause conventionnelle de garantie d'emploi, laisser passer les deux mois de l'article L. 1332-4. Côté salarié : signer sans lire le reçu pour solde de tout compte, oublier les congés payés acquis pendant l'arrêt à raison de deux jours ouvrables par mois, s'inscrire à France Travail avant la fin de l'arrêt alors que l'ARE et les indemnités journalières ne se cumulent pas, et laisser filer les douze mois de l'article L. 1471-1.

Que dit la loi en 2026 sur ce sujet ?

Le cadre est stable, deux évolutions récentes comptent. Le socle reste l'article L. 1132-1 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, qui interdit tout licenciement « en raison de son état de santé », et l'article L. 1132-4 qui frappe de nullité l'acte pris en méconnaissance de ce chapitre. Première évolution : depuis la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024, l'article L. 3141-5-1 fait acquérir des congés payés pendant un arrêt pour maladie non professionnelle, à raison de deux jours ouvrables par mois dans la limite de vingt-quatre jours par période de référence. Seconde évolution : la Cour de cassation a confirmé le 24 mars 2021 (n° 19-13.188) que le remplacement définitif doit intervenir « à une date proche du licenciement ou dans un délai raisonnable après celui-ci ». Les montants d'indemnités journalières, eux, sont revalorisés régulièrement : la fiche officielle vérifiée le 1er juin 2026 retient 50 % du salaire journalier de base, plafonné à 42,97 € bruts par jour.

Quand faut-il se faire accompagner par un avocat ?

Quand la qualification du licenciement est en jeu, car l'écart financier est considérable. Trois situations le justifient particulièrement : lorsque la lettre de licenciement évoque l'état de santé ou les absences sans démontrer la désorganisation, puisque la nullité écarte le barème et ouvre un plancher de six mois de salaire ; lorsque l'arrêt fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, l'article L. 1226-9 ne laissant que deux motifs de rupture ; et lorsqu'un burn-out fait l'objet d'une demande de reconnaissance en maladie professionnelle, qui suppose un taux d'incapacité permanente d'au moins 25 % selon l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. Le conseil de prud'hommes peut être saisi sans avocat, mais l'administration de la preuve d'une discrimination et le chiffrage des demandes justifient un accompagnement.

Peut-on rester en arrêt maladie après un licenciement ?

Oui, et les indemnités journalières continuent. La fin du contrat de travail n'interrompt ni l'arrêt ni son indemnisation, tant qu'il reste médicalement justifié et que les conditions d'ouverture du droit sont remplies. L'article L. 161-8 du code de la sécurité sociale organise le maintien du droit aux prestations en espèces, et l'article R. 161-3 en fixe la durée à douze mois. L'allocation chômage, elle, ne se cumule pas : selon l'Unédic, « en cas d'arrêt maladie, le versement de vos allocations chômage cesse » et « la période où vous ne percevez pas votre allocation chômage est reportée et vient prolonger votre période d'indemnisation ». Comme l'aptitude physique conditionne l'inscription comme demandeur d'emploi, l'inscription se fait à la fin de l'arrêt. La complémentaire santé de l'entreprise est maintenue gratuitement, dans la limite de douze mois, sauf licenciement pour faute lourde (art. L. 911-8 du code de la sécurité sociale).

Un arrêt pour burn-out empêche-t-il le licenciement ?

Non, sauf reconnaissance en maladie professionnelle. Le syndrome d'épuisement professionnel ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles. Tant qu'il n'est pas reconnu, l'arrêt relève du régime de la maladie non professionnelle, et les cinq motifs de licenciement de droit commun restent ouverts. La reconnaissance est possible par la voie de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, qui vise la maladie « essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime », après avis motivé d'un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, mais elle suppose un taux d'incapacité permanente fixé à 25 % par l'article R. 461-8. Une fois la reconnaissance obtenue, la protection de l'article L. 1226-9 s'applique. Indépendamment de cette voie, un licenciement lié à un harcèlement moral est nul en application du 2° de l'article L. 1235-3-1.

Le préavis est-il payé quand on est licencié pendant un arrêt maladie ?

Non, sauf dispense expresse de l'employeur. La fiche officielle l'écrit : « Si le salarié licencié ne peut pas faire son préavis parce qu'il est malade, l'indemnité compensatrice de préavis ne lui est pas due. » L'article L. 1234-5 du Code du travail ouvre l'indemnité compensatrice au salarié qui n'exécute pas son préavis, sauf faute grave, et ne vise expressément que la dispense décidée par l'employeur : c'est la doctrine administrative qui en écarte le bénéfice lorsque l'inexécution vient de la maladie du salarié. La durée du préavis reste celle de l'article L. 1234-1 : un mois entre six mois et moins de deux ans d'ancienneté, deux mois à partir de deux ans, sauf disposition conventionnelle plus favorable. Pour un arrêt lié à une maladie non professionnelle, la fiche officielle précise que « l'arrêt de travail pour maladie non professionnelle n'interrompt pas votre préavis » et que « le contrat s'achève à la date initialement prévue ». Après un accident du travail, le préavis « est suspendu et reporté » et « prolongé d'une durée équivalente à celle de l'arrêt de travail ».

Un licenciement économique peut-il viser un salarié en arrêt maladie ?

Oui, le motif économique est étranger à la personne du salarié. La fiche officielle indique que « lorsque l'entreprise a des difficultés économiques (ou si elle ferme définitivement), l'employeur peut licencier un salarié malade ». L'article L. 1233-3 du Code du travail définit ce licenciement comme celui prononcé « pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail ». Deux limites subsistent : l'arrêt ne peut jamais servir de critère pour désigner le salarié licencié, sous peine de discrimination liée à l'état de santé ; et pendant une suspension pour accident du travail ou maladie professionnelle, l'article L. 1226-9 exige une impossibilité de maintenir le contrat, ce qui est plus exigeant que la seule existence de difficultés économiques.

Avertissement : Le présent guide est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un avocat via Actav Suite. Contenu vérifié contre les sources officielles citées dans ce guide à la date de mise à jour indiquée en haut de page.

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